Tous espèrent faire partie de ceux que choisira Idriss Déby pour manager avec lui le Tchad après son investiture du 08 août prochain. Certains parlent de grandes manœuvres et d'un renouvèlement des femmes et hommes dans l'appareil d'Etat. Si changement il doit y avoir, ce sera au mieux un jeu de chaises musicales. Mais qui fera beaucoup de déçus…et d’aigris. Décryptage.

Puisque la grande majorité des Tchadiens s’accorde à dire qu’aux lendemains de l’investiture d’Idriss Déby le 08 août prochain, les grandes manœuvres dans l’administration et les changements importants dans le gouvernement interviendront, je vais, pour une fois, suivre la tendance et m’atteler à dresser une liste des postes/fonctions les plus prisés dans la machine politico-administrative Tchad.

 

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La règle de l'offre et de la demande

Que comprendre de ce segment de phrase « les grandes manœuvres dans l’administration et les changements importants dans le gouvernement » ? Tout d’abord qu’il y a au sein de la population un espoir de voir une nouvelle classe de dirigeants arriver, occuper le terrain et proposer des solutions pour nous sortir du trou. Mais je crains fort que l’espoir de cette frange ne reste vain. Ensuite, nous devons comprendre que l’offre de postes est très limitée tandis que la demande est énorme. Par conséquent, chacun fourbira ses armes pour « en être ». Népotisme, magie noire, incantations religieuses, aura régionale, coups bas, accusations, faveurs d’alcôves, etc. seront utilisés pour parvenir à ses fins - du Machiavel dans le scénario. Des centaines de milliers de personnes ont battu campagne pour le candidat de l’Alliance en mars et avril dernier. Chacun avec des objectifs bien précis. Les espérances des uns et des autres se situent à plusieurs niveaux. J'ai retenu les cinq principaux niveaux : qui vont des postes les plus prestigieux aux moins enviables.

Niveau 1 : Ministre (et secrétaire d’Etat)

Pour la plupart, la récompense suprème sera un strapontin ministériel (certains visent même le premier ministère). Au vu de la composition purement numérique des précédentes équipes gouvernementales, 50 est le nombre maximum de « postes à pourvoir ». Force est de constater que beaucoup mordront la poussière.

Dans cette catégorie, voici les poids lourds qui ont le plus à perdre.

Albert Pahimi Padacké

Apres des résultats en deca de ceux escomptés dans les deux Mayo-Kebi lors de la présidentielle d’avril 2016, ce serait un miracle si l’actuel Premier ministre est reconduit à la tête de l’Exécutif. Pahimi Padacké disparaitra de la scène et Le Réveil, nom de son parti politique, deviendra alors Le Dormant. Jusqu’aux prochaines échéances électorales…

Adoum Younousmi

« Souviens-toi l’été dernier » est le titre d’un film dans lequel un tueur en série se venge de quelques personnes qui pensaient l’avoir tué un an plus tôt. Je détourne donc ce titre en « Souviens-toi du sommet de l’UA 2015 » pour rappeler que Déby a du très mal prendre l’annulation de l’an dernier. Et la réunion africaine de Kigali sera encore fraiche dans l’esprit du PR au moment de prendre certaines décisions. Mais le capo des Infrastructures à de la ressource.

Hassan Sylla

L’ancien ministre de la Communication a tout à gagner si des changements interviennent après le 08 août. Après avoir mené la campagne de N’Djaména (réussie selon les critères du MPS), il peut entrevoir un come-back dans l’équipe gouvernementale. Il a également beaucoup à perdre. Car s’il rate le coche d’un retour, il risque de tomber dans l’oubli. Et là, il lui sera difficile de remonter la pente.

Niveau 2 : Cabinet du Président

Au sein du cabinet civil d’Idriss Déby, il y a des deux types de fonctions. D’abord celles très pointues que tout le monde ne peut pas briguer. Les "techniciens" que le Président désignera seront moins en vue, mais côtoieront le pouvoir au plus près. Cela noue des liens et pour l’avenir, s’ils parviennent à satisfaire leur patron, c’est tout bonus. Ensuite il y a les postes nécessitant des compétences plus basiques. Ceux là seront très prisés car accessibles à beaucoup.

Même s’elles ne font partie du cabinet présidentiel, certaines nominations dans des régies « juteuses » (Trésorerie, Direction des douanes, etc.) dépendent directement du PR et sont dans le lot des plus convoitées. La continuité devrait être de mise à ce niveau.

Nombre de postes à pourvoir : Une quarantaine

Niveau 3 : Ambassadeur

Les recalés du premier niveau feront le travail de sape nécessaire pour être parachuté ambassadeur dans l’une des 24 chancelleries ou l’une des 5 missions permanentes que compte le Tchad. Les ambassades de Bruxelles, Paris, Washington et Beijing sont les plus convoitées. Mais leurs occupants sont bien ancrés et défendront leur beefsteak. Les nouveaux devront dès lors se contenter d’ambassades « moins cotées ». Bangui et Tripoli seront parmi les moins prisées.

Nombre de postes à pourvoir : 29

Niveau 4 : Gouverneur

Ceux qui n’ont pas fait assez de zèle que pour être en Ligue des champions (ministre), en Ligue 1 (Cabinet du Président) ou en Ligue 2 (ambassadeur) seront promus au quatrième niveau du cercle de pouvoir : le gouvernorat. Une invention venue rajouter de la brouille à une administration tchadienne déjà très floue. Les thuriféraires déçus de l’Alliance tenteront de se consoler avec ça. Etre gouverneur, c’est avoir un rang de ministre, mais en moins reluisant, moins prestigieux, moins show-off car vous êtes relégués en province. Sans compter qu’il n’y a aucune occasion d’aller se pavaner à l’étranger aux frais de l’Etat lors de ces innombrables déplacements qui ponctuent l’agenda de nos ministres.

Nombre de postes à pourvoir : 23

Niveau 5 : Les autres fonctions

A ce niveau la déception est totale. Des regrets même d’avoir milité pour certains qui se voyaient plus haut. Mais ils s’en contenteront et tenteront, comme presque tous ceux cités plus haut, de faire le trou (vous m’avez compris) … en attendant mieux. Mais des peronnalités fortes avec des potentiels au dessus de la moyene se demrqueront et pourront esperer un "repêchage"

L’administration tchadienne, ne nous dupons pas, tournent autour des 142 postes repris dans les 4 premiers niveaux et quelques fortes personnalités du niveau 5. Pour le reste, pour le gros de la troupe, leur existence est marginale dans les rouages et « le bon fonctionnent » de la mortifiée machine Tchad. Pour preuve, les nombreuses grèves dans la fonction publique n’ont jamais bloqué quoi que ce soit.

Vous constaterez que je n’ai pas parlé de programme politique ni d’objectifs économiques. Ca ennuie les gens, et c’est bien dommage.

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Chérif ADOUDOU ARTINE

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