Le poste de gouverneur de la BEAC (Banque des Etats de l'Afrique centrale) sera occupé par un tchadien à partir de janvier 2017. A six mois de l’échéance, je vous propose un petit recensement des potentiels candidats que présentera IDI à ses homologues de la CEMAC.

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En décembre prochain (je n'ai pas la date exacte) lors du sommet des chefs d’Etat de la CEMAC, il reviendra à Idriss Deby de présenter trois noms à ses homologues dans le cadre de la nomination du futur gouverneur de la BEAC. Un poste qu’occupera jusqu’en janvier 2017 l’Equato-guinéen, Luca Abaga Nchama. Les chefs d’Etats désigneront alors le patron de l’agence centrale de Yaoundé dans le trio tchadien proposé par IDI.

Créée en 1972, la fameuse (et fumeuse de par ses louches affaires de gros sous) BEAC a institué, depuis le 17 janvier 2010 lors du sommet des Chefs d’Etat de la CEMAC de Bangui, le principe de rotation pour la nomination au poste de gouverneur (et des autres organes). Mettant ainsi fin au consensus de Fort-Lamy de 1973, qui instaurait la répartition des postes à responsabilité entre les Etats membres. La BEAC s’est donc retrouvée, par le biais de ce consensus aux fondements excluant, avec des gouverneurs gabonais jusqu’en 2010.

En 2017, un Tchadien sera donc le prochain boss de la BEAC. Idriss Deby, faiseur et défaiseur de rois, dispose-t-il d’un vivier de financiers ou de « managers » à la hauteur de la tâche ? Assisterons-nous à un marché de dupe composé de népotisme, de légèreté et de realpolitik ? Ou alors aurons-nous droit à une liste de 3 personnes compétentes qui représenteront au mieux le Tchad ?

Je pars du principe que notre pays regorge de femmes et d’hommes à la hauteur du poste de gouverneur de la BEAC. Et qu’Idriss Deby ne peut se permettre de commettre une gageure en proposant des incompétents. Il en va de sa réputation et de l’image du pays.

Exit Mariam Mahamat Nour

Votre bloggeur préféré vous présente un trombinoscope de 6 profiles. Une short-liste composée d’un légitime, d’un ambitieux, d’un carriériste, d’un outsider, d’un joker et d’une surprise.

Vous remarquerez qu’il n’y a aucune femme dans cet égrainage des potentiels futurs gouverneurs de la BEAC. Tout simplement parce que « le milieu financier et bancaire tchadien est très masculin. Constance Koblar est la seule directrice que je connaisse dans ce pays. Elle a officié à la CBT » m'expliquait Madjiasra Nako, le directeur de publication de l’hebdomadaire Le Pays. Pour ma part, j’avais tout de suite pensé à l’économiste Mariam Mahamat Nour, car peu de femmes tchadiennes peuvent se targuer d’avoir sa stature internationale. Ensuite parce que son strapontin ministériel (Economie, Plan et Coopération internationale) lui confère dé facto le titre de « Gouverneur » au FMI. Le parallèle avec la BEAC est donc vite fait. Mais voilà, l’ancienne consultante de la FAO est âgée de 60 ans. Ce qui la disqualifie, car le règlement en vigueur ne permet pas de nommer un candidat ayant 60 ans révolus. Il en va de même pour Bedoumra Kordjé (64 ans), actuel secrétaire général de la présidence et candidat malheureux à la présidence de la BAD (Banque africaine de developpement) en mai 2015.

 

Les favoris

Le légitime : Tahir Hamid NGUILIN

 

fiche nguilin

 

Le poulain du défunt Gata Ngoulou a tout les atouts pour succéder à Abaga Nchama dont il est le bras droit depuis plus de 5 ans. En pur produit du sérail BEAC, il va miser sur ses relations en interne et son carnet d’adresse fourni pour entamer un lobbying politique afin de faire pencher la balance en sa faveur. Tel un coureur de fond, il tient la corde et saura se placer dans cette dernière ligne droite qui commence.

 

Le carriériste : Ngueto Tiraina Yambaye

 

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1er atout : une brillante carrière au FMI. 2nd atout : la Banque de France a un statut particulier d’observateur au sein de la BEAC. 3ième atout (qui découle du second) : des rapports extrêmement cordiaux avec Christine Lagarde, la présidente du FMI. Additionnez tous cela, passez-le au checker et vous obtiendrez un candidat plus que valable pour gouverner aux destinées de la BEAC. Un défaut peut-être : Deby n’a que faire de l’opinion internationale, surtout après le camouflet infligé au Tchad lors de l’élection du président de la BAD. Quelle que soient ses qualités, il doit d’abord plaire au résidant du Palais rose.

L’ambitieux : Mahamat Allamine Bourma Treyé

 

fiche allamine

 

« Manœuvrier et tenace » peut-on lire à son sujet dans un encart de JA évoquant les potentiels futurs gouverneurs de la BEAC. Ces traits de personnalité ne seront pas un luxe pour sortir vainqueur de cette course d’obstacle qui mène au gouvernorat. Ce financier de 50 ans a pour lui une carrière rondement menée dans l’administration tchadienne à laquelle il peut conjuguer une expérience dans « La maison ». D’aucuns affirment que sa nomination au ministère des Finances et du Budget en février dernier n’est qu’une étape afin d’enrichir un CV déjà bien fourni et lui permettre d’accéder au graal.

 

Les seconds

L’outsider : Mbogo Ngabo Selli

 

fiche mbogo

 

Un autre « héritier » de feu Gata Ngoulou. Ce communiquant de formation a été le fidèle directeur de cabinet des différents ministères occupés par l’ancien secrétaire général de la BEAC. Avant d’être nommé ministre de l’Aménagement du territoire, de l’Urbanisme et de l’Habitat en novembre 2015, il a travaillé dans une banque burkinabé, a assuré le poste de DGA de la Société générale Tchad (SGT) et bien avant cela, officié au sein de la direction centrale de la BEAC à Yaoundé. Ses liens avec Ngoulou, homme très apprécié dans les couloirs de « La maison » de Yaoundé, sont des atouts pour figurer dans le trio de Déby.

Le joker : Idriss Ahmat Idriss

 

fiche idriss

 

« Idriss Ben » est LE candidat de cherifblogshow.com. Cet ancien directeur national de la BEAC à N’Djaména est un joker de luxe. Sa place dans notre short-list est motivée par cette réputation de surdoué qui lui colle à la peau et une dose de subjectivité de ma part… Car ce haut fonctionnaire a une éloquence, une prestance et une présence en public que je ne retrouve pas souvent chez les « grands » du Tchad. Conjugué à cela un passage au ministère des Finances et vous obtenez le CV idoine pour prétendre au poste tant convoité. Pas sûr néanmoins qu’il soit dans les petits papiers du chef de l’Etat.

La surprise du chef

 

fiche inconnu

 

C’est ce profil que personne ne verra venir. Tout le monde le connaît, mais personne ne se doutera une seconde qu’il sera l’un des candidats du Tchad. En plus d’être le président de la République, Idriss Déby est aussi le roi du contre-pied. En fin politique, il risque d’en surprendre plus d’un.

Chérif ADOUDOU ARTINE

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