Depuis la plainte déposée par sept Tchadiens à Dakar en janvier 2000, jusqu’au prononcé du verdict, ce lundi 30 mai, qui condamne Hissein Habré à la perpétuité, 16 années se sont écoulées. 16 années qui ont mis en avant les crimes et abominations d’un régime. Mais les années Habré sont aussi celles, ne l’oublions pas, de la reconquête du territoire et de la fierté tchadienne retrouvée. Petit inventaire.

A l’instar de Lionel Jospin, je revendique « un droit d’inventaire » sur les huit années de présidence de Hissein Habré. Ce concept d’inventaire sur l’histoire a été évoqué pour la première fois par l’ancien Premier ministre Français au sujet des deux septennats mitterrandiens à l’amorce de sa campagne électorale pour la présidentielle en février 1995. « Dr Jekill & Mr Hyde », en référence à la nouvelle écrite par Robrert Louis Stevenson décrivant la schizophrénie d'un honnête notable, est le sobriquet qui sied le mieux à l’homme fort de l’UNIR. Il y a donc ce côté obscure que nous déplorons tous. Mais en face de cela, il y’a une face plus « bankable ». Avec cette fierté retrouvée, ce patriotisme exacerbé et cette abnégation dans la reconquête du Tchad. Pouvons-nous décemment occulter cet aspect d’Hissein Habré ?

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Ce lundi 30 mai 2016 est un jour à marquer d’une croix. Après 15 ans d’instruction et 11 mois de procès, le verdict est tombé. Un dictateur africain a été jugé en Afrique, par des juges africains et condamné. Une victoire pour le continent. Une victoire pour les familles des victimes Et une revanche posthume pour les « 40 000 victimes » elles-mêmes. Hissein Habré représente, à n’en pas douter, la dimension la plus odieuse de la conscience humaine. Pour cela il passera le restant de ses jours privé de liberté.

« La bande d’Aouzou ne s’est pas libérée toute seule »

Mais que les tenants de la pensée unique ne viennent pas nous cacher certains épisodes, sombres eux aussi, de l’histoire de notre pays. « Tchad, année zéro » titrait en mars 1980 l’hebdomadaire « Jeune Afrique » lors de l’occupation, appelons la ainsi, de notre capitale par les milices libyennes. Une poignée d’hommes, dont Hissein Habré faisait partie, ne s’est pas résolue à accepter cet état de fait. Cette position, cette résistance a été matérialisée de manière assez lyrique par une formule restée célèbre dans les esprits tchadiens : « plutôt pauvre et libre qu’esclave et riche ».  La reconquête a alors commencé avec les fameuses FANT. Elle s’est poursuivie dans les larmes et le sang jusqu’en 1987 et la libération de la partie septentrionale du pays. Ne nous voilons pas la face, ces faits d’armes ont été le résultat de la volonté presque aveugle d’Hissein Habré et du sacrifice de toute une franche de la population tchadienne. « Sans le dévouement de HH, certains d’entre nous seraient nés apatrides, sans terre. » peut-on lire sur Twitter.

Certes il y a eu la DDS, mais, comme le signale le bloggeur Annadjib, « la bande d’Aouzou ne s’est pas libérée toute seule ». C’est aussi ça le droit d’inventaire sur Hissein Habré.

Chérif ADOUDOU ARTINE

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