Nous vous proposons jusqu'au 8 avril une "éphéméride" de la campagne électorale pour la présidentielle du 10 avril 2016. Un regard sans fard sur la classe politique tchadienne et la manière dont elle souhaite se faire entendre. Une sorte de veille politique-marketing-médias. En cas de second tour, on rempilera à partir du 11 avril. #J1

Image2journal de campagne

Voila, c’est parti. La campagne pour l’élection présidentielle tant attendue (par qui au fait ?) du 10 avril 2016 a débuté ce dimanche 20 mars. Le parti au pouvoir, le MPS, et ses 104 partis alliés sortis d’on ne sait où, a rassemblé +/-  15 000 personnes sur une place de la Nation de N’Djaména suffocante de chaleur pour un meeting géant. Selon les standards des organisateurs de ce rassemblement, « ce fut une réussite ». Le candidat Idriss Deby Itno a pris la parole sur un ton plutôt festif, promettant monts et merveilles aux badauds présents. Il n’a nullement été question d’une présentation de programme, ce qui aurait dû être fait depuis le Congrès qui a intronisé IDI comme candidat en février dernier, mais juste un égrainage d’engagements : routes, emploi, promotion du genre. Rien de neuf en sommes. Cela est peut-être considéré comme un programme politique pour les caciques du MPS qui, au vu de leur mine et des sourires affichés, étaient aux anges. Les seuls candidats à avoir présenté un programme détaillé sur support physique sont Kebzabo et Dadnadji. Triste que le premier parti du Tchad souffre de la comparaison avec ses rivaux.

Une des questions que je me pose est « comment donner un souffle, une identité à cette campagne du MPS alors que seuls les bureaux de soutien semblent dicter, sans aucune cohérence d’image et de ton, le rythme ? » L’appareil MPS en lui-même est quasi inaudible. Le Secrétaire général, Mahamat Zene Bada, tant vanté par ses supporters pour sa capacité à faire campagne est purement et simplement relégué. Les jours à venir nous situerons.

Retard à l’allumage sur le digital

La seconde question qui me turlupine est « au niveau des instances dirigeantes du MPS, n’a-t-on pas envie de refléter un minimum de sérieux et de professionnalisme au niveau de la communication ? Ne fut-ce que pour les observateurs internationaux et les partenaires. Ne fut-ce que pour l’image du candidat, qui est également le président en exercice de l’UA ? ». Une photo officielle de campagne ? Un slogan de campagne ? Une charte graphique ? Aucun de ces trois éléments qui construisent un message n’a été préparé. Des « basiques » du marketing politique pourtant.

Le site « voteidi.com » est la plateforme officielle de la campagne du Président sortant. Une innovation qui me réjouit. Le fait d’introduire une dose de digitale dans nos campagnes électorales moyenâgeuses est une prouesse en soi. Mais au jour J du début de la campagne, le site, exsangue de toutes informations exploitables, n’était pas encore prêt. Retard à l’allumage.

Contraste total pour les 13 adversaires du candidat de l’Alliance. L’austérité était de mise pour le lancement des différentes campagnes. Certains à Walia, d’autres à Ardep Djoumal ou Paris-Congo, ils ont lancé leur opération séduction à leur rythme, de manière austère et presque cachée. En fonction de leurs moyens financiers ? En partie, oui. La sagesse avec laquelle les partis d’opposition ont agi dimanche est dictée par l’appréhension des fins de campagnes difficiles. Il s’agissait donc pour eux de préserver le trésor de guerre financier dont ils disposent pour pouvoir tenir la distance.

Bonne journée.

Chérif ADOUDOU ARTINE

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