L’évènement de cette fin de semaine a été le concert de La Fouine. Une foule monstre d’ados et de jeunes adultes a fait la fête aux cotés d’un public anachronique pour ce genre d’artiste. Mais le show a été réussi. C’est là l’essentiel pour les habitants de Ndjaména.

zara et cynthia

Un week-end comme celui-là, on aimerait en avoir plus souvent. Parce que les habitants de Ndjaména ont oublié, le temps d’un concert et de ce qu’il y avait autour, la morosité des rues et des samedis très longs. Grace à la présence de La Fouine. Ce rappeur corrosif qui ne fait pas l’unanimité dans son pays, la France, est venu mettre tout le monde d’accord à Ndjaména. Au-delà de la bouille bougonne qu’il a présentée vendredi, premier jour de son séjour tchadien, le show du stade Idriss Mahamat Ouya, dans la soirée de samedi, valait le déplacement. 15 000 personnes (selon Tchad Infos), ce qui est une grosse affluence, ont accompagné de la voix et du geste le rappeur dans ses tubes les plus consensuels. C’est donc la version M6 (grand public) que l’on a pu admirer sur la scène. Et non pas le vrai produit hip hop underground. Qu’à cela ne tienne, pourvu qu’on ait l’ivresse. Et c’est la seule chose qui compte.

On voulait y être !

A croire que c’était Jay Z ou Maître Gims qui nous rendaient visite. Tout le monde voulait assister à ce concert. Les adolescents et les jeunes adultes (qui sont la cible principale du concert)… et puis les autres. Non pas que ces gens soient devenus subitement des fans de rap, mais juste parce que c’était l’évènement. Un évènement unique offert par un sponsor qui marque son nouveau positionnement. Ce n’était pas l’hystérie, mais ça y ressemblait. Imaginer des fonctionnaires du ministère de la Culture, complètement « out of mood » s’empresser à aller voir ‘’Fouiny babe’’. « Nous sommes obligés d’imprimer des billets VIP supplémentaires. On ne s’attendait pas à autant de demandes » m’expliquait une membre de l’organisation, quelques heures avant le début concert.

Le plus marrant ce weekend ? Une femme vêtue en tailleur stricte qui était présente à la conférence de presse. Elle filmait avec son portable chaque geste du rappeur. Je lui demande « Vous aimez La Fouine ? ». « Non pas trop avant, mais maintenant oui » me répond-t-elle à mi-chemin entre la groupie et la femme un peu gênée d’être là. Comme je l’écris plus haut, heureusement qu’il n’a pas sorti ses tubes les plus saignants… Car ces dames et ces messieurs n’auraient pas compris grand-chose.

Evènement populaire

La matérialisation du star-système. La puissance du charisme. La force de la scène. C’est ce dont ont été victimes ces personnes qui n’avaient jamais imaginé se déplacer pour ce « rappeur vulgaire ». Et pourtant elles étaient là et elles en redemandaient. Ces mecs et ces nanas guindés, coincés, un peu perdus face à cette star du #RapGame français ont profité de chaque seconde du spectacle. 

De manière plus terre à terre, la rareté des évènements populaires à caractère purement festif dans notre pays a aussi contribué à faire de ce concert un succès total. Le ministre de la Culture, qui était présent, doit s’en inspirer pour, lui aussi, offrir des divertissements de la sorte aux Tchadiens. Il ne faut pas qu’on nous parle de budget, l’éternelle rengaine pour ne pas réaliser de belles choses, car si une société privée est capable de mobiliser des sommes importantes, nous pouvons en attendre autant (voire plus) de la part de nos autorités. Les plus âgées se souviendront du concert organisé par le ministre de la Culture à la fin des années 1990. Abdérahman Khoulamallah, qui occupait le strapontin ministériel à l’époque, a gratifié les Ndjaménois, je ne sais plus pour quelle occasion, d’un concert de Wengue Musica. « C’était magique » disent ceux qui y ont assisté.

Nous voulons plus de La Fouine à Ndjaména. Nous voulons plus de frénésie dans nos week-ends. Nous voulons plus de sourire sur nos visages. Nous voulons en sorte de la magie dans notre quootidien.

Chérif ADOUDOU 

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