Depuis la défaite (1-5) des Sao face à l’Egypte le 4 septembre 2015 à Ndjaména, une « info » annonce Rigobert Song comme futur sélectionneur de notre équipe nationale. Sa présence dans les travées du stade Idriss Mahamat Ouya n’a fait qu’enfler la rumeur. Son arrivée serait une mauvaise décsion (de plus). Explications…

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« Ce gars va anéantir l’équipe nationale ». C’est en ces termes peux flatteurs qu’est accueillie le chahut autour de l’arrivée éventuelle de Rigobert Song aux commandes de la selection nationale tchadienne. Bien que le Lion indomptable ait un parcours de joueur plus qu’honorable, il ne jouit d’aucune expérience en qualité d’entraineur. Rien de ce qui pourrait faire de lui le sélectionneur de notre équipe nationale. Si cet ancien défenseur rugueux arrivait à la tête d’une équipe en quête avant tout d’organisation administrative, d’intendance et d’un vrai « scouting », la Fédération tchadienne de football Association (FTFA) commettrait la plus grosse erreur de son histoire. 

Car le problème ne se pose pas uniquement sur les défaites ou les victoires de nos joueurs lors des éliminatoires. Le manque de vision globale de la FTFA pour le développement du foot en tant que sport populaire est la plus grosse tare. Le public tchadien à l’impression que l’équipe A des Sao est la seule dont la FTFA a la charge. Les sélections de jeunes, les sélections féminines, les sélections des compétitions de ‘’foot alternatif’’ (beach-soccer et  futsal) sont abandonnées au profit de l’équipe Fanion. Si au moins nos joueurs nous apportaient des résultats encourageants, je ne m’offusquerais pas. Les dirigeants du foot tchadien n’ont pas compris l’enjeu économique que représentent ces pratiques nouvelles. Très attractifs et accessibles à tous, le futsal (qui peut se pratiquer en plein air) et le beach-soccer drainent un nouveau public qui ne souhaite pas forcément s’adonner au jeu traditionnel. Cette attractivité intéresse les sponsors et devrait normalement pousser le FTFA à s’engager dans ce sens. A l’heure du foot business, cette démarche ne serait pas un luxe.

                           

                                                          64973997                                                                                                Une vue du stade Idriss Mahamat Ouya - Ndjaména

Nous n’avons pas besoin de buzz !

Revenons à la rumeur Song. Si je m’oppose à sa nomination c’est parce qu’il ne remplit en rien le « job description » du technicien qui fera gagner quelques années en maturité au football tchadien. Actuellement consultant pour Orange Sport, un Song sans expérience ne présente aucun gage de sérieux pour diriger une sélection, aussi petite soit-elle. De plus, les grands joueurs ne deviennent pas forcément de grands entraîneurs. Les echecs de Michel Platini et de Diego Maradona à la tête de leurs sélections respectives en sont la preuve. L’ancien libero de Liverpool FC n’a pas l’approche psychologique d’un moniteur, d’un éducateur pour encadrer de jeunes joueurs sens réelles repères tactiques. Ne nous laissons pas duper par ce nom ronflant et cette carrière rondement menée en Europe. Nous n’avons pas besoin de buzz.

Le foot tchadien a plutôt besoin d’un travail de fond avec des objectifs à long terme. Nous avons besoin pour nos équipes nationales d’un DTN, un directeur technique national. Un homme ayant une vrai expérience de dirigeant sportif. Cette expression doit être prise dans son acception la plus large. Un dirigeant qui puisse organiser la formation des jeunes avec une vraie culture footballistique. Un manager à l’anglaise qui puise définir un axe de développement sportif en fonction des finances et du contexte particulier (toute proportion gardée, Arsène Wenger, General Manager du club d’Arsenal, est l’exemple le plus éloquent). Une personne qui puisse faire le savant dosage entre la rigueur professionnelle qu’il devra imposer et l’impréparation totale qui prévaut au sein des instances dirigeantes du foot. Au-delà de ses qualités sur le plan sportif, nous avons besoin d’une figure qui puisse représenter le football tchadien sur la scène internationale. Nous avons besoin d’une vraie personnalité : un peu ce qu’Hervé Renard a été pour la Zambie ces dernières années. Une sorte de DTN-VRP. Nous avons également besoin d’une personne (toujours la même) qui a le sens du dialogue, un technicien qui jouit d’une certaine finesse dans les rapports humains pour pouvoir concilier les avis de sa hiérarchie directe (la FTFA) et les immixtions mal venues, inappropriées du ministère des Sports. Un ministère qui n’a aucune relation légale avec la FTFA comme le souligne l’article 13, alinéa 1.i des statuts de la FIFA qui ‘’imposent aux fédérations de gérer leurs affaires de manière indépendante et sans l’influence de tiers."  Pour exemple, l’ingérence de l’Exécutif politique entrainera de facto la suspension du Bénin par la FIFA suite aux agissements ubuesques du ministre des Sports qui a décidé en avril 2015 du « retrait de l’agrément de la Fédération béninoise de football ». En 2014, le Nigéria a également été suspendu à titre conservatoire par la FIFA pour des agissements similaires. Prenons garde…

Au vu des qualités requises pour pouvoir sortir le foot tchadien de l’ornière, « Rigo » n’est surement pas la personne la mieux indiquée.

Excelent week-end à tous.

Chérif ADOUDOU  I  @fortius0

crédit photo : td.worldmapz.com

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