Une nouvelle équipe exécutive a été nommée pour guider aux destinées du Tchad ce dimanche 23 août. La ixième depuis 1996. Ce non-evenement dans la vie politique n'est qu'un remaniement ministériel de plus. Un remaniement de trop.

echiquier

OPINION

L’attelage gouvernemental Payimi-Deubet III a été concocté durant le weekend et rendu public ce dimanche 23 aout dans la soirée. Comme de coutume les Tchadiens des villes (qui ne représentent que 12% de la population) se sont réjouis de ce jeu de chaises musicales. Sauf que la politique est loin d’être une activité ludique. Chacun a branché son écran sur Télé Tchad pour savoir si un cousin, un oncle, un ami ou une connaissance n’a pas été « promu » ministre. On s’attarde ensuite sur la liste pour commenter la longévité d’un tel, la chance d’un autre ou la proximité d’un dernier avec le chef de l’Etat. Personne ne parle du travail effectué, des avancés, des lois proposées, etc. Cela n’intéresse en rien. Telle est la politique tchadienne.  Une sorte de sitcom* géante et permanente.

Mais sortons un instant de cette matrice que l’on nous a inculquée depuis des années et posons 'LA' question qui doit être posée après chaque changement de la sorte : « Quelles sont les raisons qui ont motivé l’éviction de certains membres de l’exécutif ? » On vous rétorquera « le PR a décidé ! » Et cela suffit comme explications.

Certains analystes de la vie politique tchadienne tentent néanmoins de donner des éclaircissements. « Le PR veut redonner un nouveau souffle avant la présidentielle de 2016 » me rassure l’un d’entre eux. « Un nouveau souffle avec des anciens ? » étais-je tenté de lui répondre. Car sur les 11 entrants, 3 ont déjà occupé un strapontin sous la férule présidentielle d’Idriss Deby. Les 8 bleus de ce nouveau gouvernement suffiront-ils à exalter les 21 autres pour un changement radical ? Certainement pas. A moins qu’ils aillent tous se baigner dans la fontaine de Jouvence, ce mythe biblique censé régénérer les croyants. 

La seconde partie de l’ « exégèse » de mon analyste politique évoque l’élection présidentielle de l’an prochain. Pourquoi un tel boxon pour une consultation populaire qui ne sera qu’une formalité pour l’actuel occupant du Palais rose ?  En quoi 8 nouveaux ministres vont gonfler à bloc des Tchadiens blasés (au point de suivre, comme je l’écris plus haut, la vie politique de leur pays comme on regarde une télénovelas) ? Pourquoi créer un suspense là où il n’y en pas ? Le Président douterait-il du résultat d’un scrutin qui désignera l’homme qui dirigera le Tchad jusqu’en 2021 au point de changer quelques membres de son gouvernement ? Autant de questions dont tout le monde connait les réponses…

Remaniement, ce mot sonne désormais creux aux oreilles des femmes et des hommes qui avaient encore un infime espoir que la politique puisse changer leur quotidien. Remaniement, une pratique qui devrait approfondir le débat politique. Remaniement, un concept qui aurait pu donner un peu plus de relief à la vie politique tchadienne. Mais hélas, cette action politique demeure d’une platitude désespérante et d’une inutilité patente.

Chérif ADOUDOU  I  @fortius0 

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*SITCOM: acronyme (contraction de SITUATION COMIQUE) désignant une série télévisée à petit budget dont la particularité est l'unité de lieu. (exemples célebres de SITCOM : Le prince de Bel Air, Hélene et les garcons, Raven, etc)