L’enregistrement qui montrait, en mars dernier, des étudiants se faire torturer a fait le buzz sur les réseaux sociaux. Mais aussi des victimes collatérales. Des personnes qui se trouvaient sur les lieux presque par hasard, mais dont le quotidien a été chamboulé. Récit.

Il y a quelques semaines, un enregistrement amateur a fait le buzz sur la webosphère tchadienne, jusqu’à être diffusé dans l’émission de France 24, Les Observateurs. On y voyait des jeunes gens se faire brimer (chicotte et autres sévices corporelles) par des éléments de la « Police nationale tchadienne » selon les témoignages. La vingtaine de jeunes gens sur la vidéo en question sont des étudiants (ou écoliers) qui avaient organisé ces fameuses manifestations contre l’obligation du port du casque pour les motards au mois de mars 2015.

Actes de tortures par la police tchadienne sur des élèves lors d'une manifestation le 09 mars 2015

Le lieu sur lequel cette vidéo a été enregistrée n’a jamais été localisé. Mais la réaction des hauts responsables de la Police, à savoir la mise aux arrêts de certains des leurs éléments accusés d’avoir perpétré ces tortures, dessinait en filigrane la provenance de cette bande.

Une purge qui aurait pu s’arrêter là. Mais un haut gradé de la Police nationale tchadienne a demandé à ses enquêteurs de retrouver l’auteur de cet enregistrement. Trois inspecteurs du commissariat central de N’Djaména ont été chargés, quels que soient les moyens à employer, à retrouver la ou les taupe(s). L’excès de zèle dont fait preuve la police tchadienne n’étant un secret pour personnes, ces hommes se sont mis à menacer et suivre un certain nombre de personnes, parmi lesquels figurent un sous-officier de la Police et trois civiles. Dans ces derniers figure un réalisateur, appelé Seif par ses amis, qui n’aurait plus donné signe de vie à N’Djaména depuis cinq mois (soit aux alentours du 15-20 mars 2015).

Qu’est-il advenu du policier qui a assisté à de la scène ? Nous ne sommes pas en mesure de vous répondre. Par contre, deux des trois civiles qui ont assisté aux scènes de tortures ont vu leur quotidien changé.

Selon notre source, qui a préféré garder l’anonymat, les locaux de production de Seif ont été ouverts de force par le trio d’agents recommandés. Qu’y on-t-il trouvé ? Etait-ce nécessaire de défoncer la porte ? Avait-il une légitimité (qu’elle soit administrative ou judiciaire) pour entrer dans une propriété privée ? Qu’à cela ne tienne, ils ont continué leur « enquête » !

Le second civil suspecté par la Direction de la Police, (nous l’appellerons Ali) a été retrouvé le 18 mars. Convoqué dans l’heure au commissariat central, Ali s’est vu confisquer son téléphone portable et a été sommé de livrer le mot de passe de son compte Facebook. Après une journée « d’interrogatoire musclé » qui n’auront rien révélé sur sa culpabilité présumée, Ali a passé deux nuits dans le violon du commissariat avant d’être libéré. « Ils m’ont dit de ne rien révéler à personne sur ce qui s’est passé. Autrement ils savent où j’habite » témoignait-il auprès de notre source début août 2015. Ali refuse de s’appesantir plus que cela sur cet épisode.

« Protéger et servir » peut-on lire sur les portières des voitures de police. Ce message en guise de sacerdoce pour ces hommes en uniformes n’est que de la poudre aux yeux. Les faits racontés ci-dessus ne représentent qu’une infime partie des coups de pression et autre actes délictueux que doit subir Mr Tout le monde. La réalité de la rue tchadienne se résume donc plutôt par « racketter et terroriser ». Dans le racket vous avez la très organisée BCR,  Brigade la circulation routière. Et dans la terreur des populations, vous avez la GMIP, le fameux groupement mobile d’intervention de la police. Le tout est dirigé par des semi-lettrés à qui obéissent des troupes sans formation préalable à ce métier, ou si peu. Au risque de me répéter, je repose la question que je vous ai soumis il y a quelques mois : « Tchad, ou va ta police ? »

Chérif ADOUDOU ARTINE