Le Tchad, ou plutôt le MPS, célèbrera ce lundi 1er décembre le 24ième anniversaire de l'arrivée au pouvoir de président Idriss Deby Itno. Une célébration qui donnera lieu à de beaux défilés et à des discours plats et convenus. Les différents orateurs tairont évidement le bilan de ce quart de siècle de pouvoir. Et pour cause... 

opinion

24 ! Comme vingt-quatre ans de pouvoir. C’est le seul chiffre éloquent qui ressort des commentaires sur les années Deby. Si j’étais statisticien, quelles données tangibles devrais-je retenir de ce quart de siècle de gouvernance MPS (il y a IDI, certes, mais aussi toute la cohorte qui profite financièrement du non-système de gestion des affaires publiques) ? Aucun bilan n'est tiré, comme si tout allait bien. Même si c'était le cas, la curiosité du petit peuple devrait être assouvie par des éléments, des exemples, des chiffres clés qui le rassure sur la direction que ses dirigeants empruntent.

En regardant le journal de Télé Tchad ce jeudi soir, une rubrique a attiré mon attention : Les « œuvres du président Deby ». Le chapitre du jour était l’agriculture. « Les succès éloquents de son excellence ne sont plus à démontrés » a été la conclusion de ce sujet. Cette phrase (comment la qualifier ?) a suffi à me convaincre du bilan exsangue de l’homme du 1er décembre. A l’heure du big data omniprésent, la rédaction de Télé Tchad ne nous a livré aucun chiffre à partir duquel nous pouvons affirmer que le Président de la République a amélioré la vie de ses concitoyens. Je ne me pose pas en opposant, car je ne fais pas de politique, mais en ma qualité de citoyen qui s’inquiète pour l’avenir de ses enfants. Combien de temps durera encore cette incurie ? Ce nihilisme étatique tchadien ?

Au-delà des bravades militaires qui font notre publicité à l’international, rien de ce qui est essentiel ne fonctionne au Tchad. Pas de système de santé digne de ce nom au point qu’une membre de MSF rencontrée récemment désignait le Tchad comme « un désert sanitaire » faisant le lien avec la Guinée ou la Libéria en cas d’épidémie quelconque. Il en est de même pour l’Education. Notre pays se traine dans les profondeurs de certains classements. En termes d’analyses, ce n’est pas ce qui se fait de mieux, mais étant donné que la réalité confirme leurs « observations » … Les conclusions sont identiques pour l’agriculture, les télécommunications, l’aménagement du territoire, la sécurité des personnes, etc. 

Mes détracteurs me diront certainement que je n’ai pas donné de chiffres. En ma qualité de citoyens lambda, je ne dispose d’aucun instrument pour pouvoir avancer des données vérifiables. Contrairement à la machine étatique. 

Continuons à célébrer la journée de la Démocratie et de la Liberté en grande pompe tandis que le peuple des quartiers délaissés de Ndjaména, des bourgades abandonnés du nord, des régions reculées du sud se demande ce que leur apporte au quotidien ce « cadeaux » offert de manière magnanime un jour de décembre 1990.