Les manifestations étudiantes de mardi dans trois villes du pays n'ont pas eu l'effet escompté. Le mouvement n'a pas résisté à l'indifférence de la population et à la couardise des partis d'opposition.

opinion

Ce mardi 11 novembre, il y a eu un semblant de révolution à Ndjaména, Moundou et Sarh. Mercredi matin, la capitale tchadienne retrouvait une quiétude qu’elle n’avait pas vraiment perdue d’ailleurs. Les perturbations de la veille ont été mineures et chacun, ou presque, a pu vaquer à ses occupations. Sur les réseaux sociaux par contre, une vraie effervescence a été observée. Certains rapportant les évènements « tels qu’ils sont ». D’autres se réjouissaient à l’autre bout du monde du réveil tchadien et étaient « aux côtés de leurs frères ». Alors qu’une troisième frange montait un scénario catastrophe : ville perturbée, inquiétude et défections au sein du pouvoir, réunion secrète en comité restreint, etc. Sur le terrain, dans la vraie vie, aucune analogie avec ce prisme de vue. Facebook est connu pour sa capacité à toucher très rapidement et de manière exponentielle une cible. L’exemple tunisien a démontré que des informations non vérifiées ont été partagées à plusieurs milliers de personnes qui au finale se sont retrouvées dans la rue pour jouer eux-mêmes le scénario qui leur avait été raconté sur internet. Cet effet domino n’a pas eu prise ce mardi. Dans les rues du centre administratif de Ndjaména, on avait d’un côté des policiers extrêmement bien protégés et équipés face à des « kamikazes » avec finalement très peu de moyens et aucune stratégie notoire. Résultat ? Des affrontements bénins, quelques blessés, des arrestations administratives,…

Les étudiants remontés contre le non payement de leurs bourses, la cherté de la vie et la « pénurie » de carburant ne sont donc pas (re)descendus dans la rue mercredi. La situation se serait-elle arrangée dans la nuit ? Non, ces révoltes, tues par les médias internationaux et les organes de presse officiels, n’étaient qu’un feu de paille. Faute de soutiens, de coordination, d’organisation et surtout d’un leader, d’une figure de proue qui symboliserait le mal-être tchadien.

"Récupérer" politiquement la mobilisation

Quelle conclusion tirer de cette journée durant laquelle quelques 2 000 jeunes gens ont risqué leur vie pour se faire entendre ? La mienne de conclusion est qu’une fois de plus l’opposition démocratique a manqué une occasion de gagner en légitimité. Il y a une semaine, quelques-uns de ces partis se sont fendus d’une déclaration demandant à « Idris Deby de démissionner ». Mesdames, messieurs les politiques, c’était hier qu’il fallait que vous vous fassiez entendre aux cotés de jeunes gens affamés et sans avenir. Aucun de ces groupes politiques reconnus n’a même eu le courage d’essayer  de « récupérer » cette mobilisation furtive.

Nous n’avons pas à faire à des hommes politiques, mais à de simples opportunistes qui n’hésiteront pas lorsque le train gouvernemental passera devant leur officine à sauter dedans et s’installer au wagon restaurant. Pas avec le costume du client, mais bardés d’un tablier de serviteur du pouvoir en place. A l’aune de ce qui s’est passé ce mardi 11 novembre et à la réaction des opposants, Idris Déby et ses compères du MPS peuvent dormir sur leurs deux oreilles.