L’humiliation subie par le Brésil mardi en demie finale de la coupe du monde de football est un choc à l’échelle internationale. La sélection qui représente le pays du football s’est faite corriger. Retour sur un fiasco innatendu.

Une déroute sans précédent tout sport confondu. Comment cette équipe du Brésil en est-elle arrivée là ? Quelles sont les responsabilités de chacun des acteurs (joueurs, sélectionneur, dirigeants) ? Avec un peu de recul, voici quelques tentatives de réponse.

Au niveau de la CBF (Confédération brésilienne de football)
Bien qu’auréolé d’un titre de champion du monde avec le Brésil en 2002, le choix porté sur Luiz Felipe Scolari par la Confédération brésilienne de football (CBF) il y a 19 mois était une erreur. Tant dans le timing que dans le casting.

Mauvais timing
La CBF n’a pas limogé l’ancien sélectionneur, Mano Menezes, assez tôt. Alors que l’équipe qui préparait son mondial piétinait, manquait d’allant, pataugeait dans des matchs amicaux insipides, sans philosophie de jeu ni système défini, aucun signal d’alarme n’a été lancé, aucune décision n’a été prise ! Ricardo Teixeira, le tout puissant président de la confédération brésilienne de foot de l’époque, n’a étrangement pas mesuré l’importance de l’évènement qui pointait. Un manque de réaction coupable. L’arrivée d’un nouveau président à la tête de la CBF, José Maria Marin, a accéléré les choses. Il limoge l’infortuné Menezes le 23 novembre 2012, mais ce n’était pas la meilleure manière de préparer une équipe à la victoire. Aussi talentueux soit-il, le groupe dont a hériter Scolari avait encore beaucoup de pain sur la planche pour être apte à remporter la vingtième coupe du monde qui lui a échappée hier.

Scolari par défaut ?
Appeler Scolari à la rescousse était une preuve tangible du vide qui prévalait au sein de la fédération et du manque de répondant de ses dirigeants. Un fait qui souligne le manque de travail de fond sur la formation de techniciens de haut niveau. Imaginez qu’en France la Fédération soit obligée, faute de mieux, de rappeler Aimé Jacquet, champion du monde en 1998, pour diriger une coupe du monde dix ans après. A contrario du Brésil, l’Allemagne a formé des hommes de banc compétents de génération en génération. Frantz Beckenbauer, Jurgen Klinsman qui fait aujourd'huile le bonehur des dirigeants américains aux USA ou encore Joachim Lowe pour ne citer que les plus connus. Qui au Brésil aujourd'hui (ou il y a 19 mois) peut prétendre à un tel statut ? Personne ! Inexcusable pour un pays de football peuplé de 200 millions d’âmes.

Au niveau du staff technique (Scolari)
Conscient de la tâche qui lui a été confiée, Luiz Felipe Scolari est resté arcbouté sur ses décisions. Les premiers mois de son passage lui ont donné raison car il a remporté la coupe des confédérations en juin 2013 face aux champions du monde en titre espagnols sur le score flatteur de 3 buts à 0. Un leurre au vu de la boucherie à laquelle on a assisté lors de cette demie finale à Belo Horizonte. Même si la Selecao n’était pas convaincante lors de ses matchs amicaux depuis an, rien ne laissait poindre un tel désastre. Rien, jusqu’au début de la coupe du monde face à la Croatie le 12 juillet dernier. Tout le monde a constaté les insufisances de cette équipe, la fébrilité de son milieu de terrain et ses carences dans la créativité. Mais les Brésiliens avaient confiance en leur équipe et en leur sélectionneur. Au point de ne rien trouver à redire à une liste des 23 qui manquait justement d’atouts créatifs. A-t-on juste signalé l’absence de Kaka, Ronaldinho ou Lucas que l’on était déjà passé à autre chose… A fêter le titre sans doute.
Mais même avec ses 23 « combattants » comme il aimait à le dire, Scolari aurait pu (aurait dû) donner une autre image à la sélection héritière des Garincha, Pelé, Tostao, Socrates, Zico, Careca et autres stars brésiliennes qui brillent au panthéon du football mondial.
Têtu comme un âne, Scolari a préféré mourir « avec ses idées ». On dénombre plus 25 millions de footballeur licenciés au Brésil et c’est Fred que choisi Scolari comme fer de lance de l’attaque ? L’erreur est humaine diront nous. Mais pourquoi l’avoir conservé contre le Cameroun, puis contre le Chili, puis contre la Colombie et surtout pourquoi contre cette Allemagne hyper dominatrice. L’avoir sorti à la pause en demie finale était plus une insulte aux fans qu’autre chose.
Alors que l’équipe manquait de répondant physique, Fernandinho restait sur le banc. Alors que l’équipe agonisait pour conserver la balle et construire, le remuant Willian n’a eu droit qu’à des bout de match. Autant de choix critiquables. Si aucune voix ne s’est élevée contre Scolari, c’est qu’au Brésil on respecte les champions et qu’on a foi en son équipe. Mal leur en a pris cette fois.

Au niveau du staff technique (la préparation)
Une équipe de haut niveau ne peut pas sombrer au bout de 30 minutes comme cela a été le cas mardi soir. Une équipe de haut niveau préparée mentalement à remporter une coupe du monde ne se rue pas à l’attaque pour égaliser après avoir pris un but à la 11ième minute de jeu. Une équipe de haut niveau resserre les rangs en défense pour limiter les dégâts lorsque la bataille, ultime de surcroit, est perdue. Ce sont ces attitudes qu’aurait adopté une équipe de haut niveau. Les joueurs de Scolari ont tout fait à l’envers. « Ils étaient comme perdus » a souligné Joachim Lowe, le coach allemand.
Avec une préparation digne de ce nom, des joueurs professionnels n’auraient pas perdu pied à ce moment de la compétition (1/2 finale) et dans ces circonstances (à domicile). N’y a-t-il pas eu de préparation psychologique ? Pas de causeries d’avant-match ? Pas de motivation particulière pour cette rencontre importante ? Si on répond négativement à toutes ces questions, une autre s’impose automatiquement. Quel est donc le rôle du staff technique brésilien composé de plus de 10 personnes ? Une défaillance de plus !
Le football brésilien, dans sa préparation et son approche des grands évènements, est, au vu de cette rencontre, ringardisé par le professionnalisme allemand. Une anecdote racontée par Geoffroy Garetier, consultant foot sur la chaîne de télé Infosport plus, explique que si Scolari a été remercié de Chelsea, c’est parce que ses méthodes de préparation reflétaient "une image de laxisme". « Les gens à Chelsea étaient étonnés qu’un entraîneur ayant remporté la coupe du monde et mener le Portugal à la finale de la coupe d’Europe des nations puisse être aussi nul.» Scolari, tout nous ramène donc à lui…

Au niveau des joueurs
Thiago Silva, un seul être vous manque.
Son titre officieux de meilleur défenseur du monde n’est pas usurpé. Thiago Silva est un patron sur le terrain. Il replace ses coéquipiers. Il leur parle dans les moments critiques. Il resserre les lignes quand d'autres se déconcentrent. Psychologue, il discute avec l’arbitre quand c’est nécessaire. Et son aura rassure ses « team - mate ». Son rôle s’apparente à celui d’un Rivelino lors du triomphe brésilien de 1970, d’un Dunga lors de la victoire des Auriverde en 1994 ou encore à un Cafu pour cette victoire contre …l’Allemagne en 2002. Un vrai capitaine en somme! 
Avec Thiago Silva sur le terrain mardi soir, l’Allemagne, même victorieuse, n’aurait jamais inscrit 7 buts au Brésil. Mais voilà, il était absent ! Par sa faute. A cause de cette action anodine dans le quart de finale opposant le Brésil à la Colombie. Le défenseur central du PSG écope d’un carton jaune synonyme de suspension. Il aurait mieux valu, et pour lui et pour la Selecao, qu’il prenne ce carton rouge mérité face au Mexique… Mais comme toujours, on ne peut refaire l’histoire.
TH absent, personne ne parlait à personne dans cette équipe. Communications coupées ! Sans TH, il n'y avait pas de leader pour ramener le calme dans la maison Brésil qui brulait.  
Dans ce match catastrophique, ses coéquipiers ont été soit moyens (Julio Cesar, Oscar, Paulinho,), d’autres ont été mauvais (Maicon, Marcello, David Luiz, Dante, Bernard) ou quasiment nuls (Hulk et Fred). Une faillite collective. Mais Thiago Silva, lui, était absent. C’est là qu’est sa responsabilité.