Il est de bon ton de ne pas supporter l’équipe de France de football. Une sorte d’obligation morale pour chaque Africain francophone. Mais si on la déteste tant c’est qu’on l’aime en fait…

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 Les « Bleus » c’est après tout NOTRE équipe aussi. A l’époque ou n’avions pas cinq pays représentant le continent africain en coupe du monde, nous nous identifiions tous à cette équipe qui a toujours eu des joueurs de couleurs dans son effectif. Aussi loin que je puisse me rappeler, c’était Gerard Janvion et Marius Trésor qui ont été mes héros. Car je pouvais m’identifier à eux. Ils sont noirs et parlent français. Voilà que ressort le vieux refrain de la France et de son héritage colonial. Eh ben oui, je ne le revendique pas, mais je ne peux m’en départir… Ces lignes rédigées en français sont une des raisons pour lesquelles je ne peux rejeter cet « héritage ».

Mais pourquoi donc « détestons-nous » tant l’équipe de France en Afrique francophone ? De Dakar à Ndjaména et de Brazza à Bamako les tricolores n’ont pas toujours attiré la sympathie des « petits fils » de tirailleurs.

Ousman le Sénégalais ne cache pas son antipathie pour l’équipe rendue célèbre par Michel Platini. « Quand ils perdent, je suis l’homme le plus heureux. » Il nous ressasse son souvenir de 2002, ce jour ou ses Lions de la Teranga avaient surpris la sélection nationale française. « J’étais étudiant à Toulouse. Le match s’est terminé à 14 heures. Tout le reste de la journée j’ai fait la fête ». Bien lui en a pris, car les victoires des pays africains contre la France ne sont pas légion.

« Je préfère que l’Allemagne gagne, plutôt que la France » assure Youssouf, un tchadien qui habite à Orléans. Il poursuit son explication : « Je ne sais pas pourquoi, mais j’aime quand les Allemands tapent la France. D’ailleurs les Français font un complexe dès qu’il s’agit de l’Allemagne. Ils font les malins devant nous, mais quand il s’agit de leurs voisins du nord, c’est autres chose » se réjouit-il. Trouver donc un pays qui tienne tête à ceux qui nous font la morale en permanence est apparemment apprécié par certains.

Nos meilleurs « ennAmis »

Je suis un Africain, je suis un francophone mais je ne suis pas francophile. Je dirai même plus que j’apprécie le pragmatisme anglo-saxon aux tergiversations toutes latines des français. Mais cette équipe de France, elle ne me laissera jamais indifférent. Ses résultats m’intéressent, ses déboires me désolent, ses triomphes me réjouissent, ses écarts m’interpellent. Clairefontaine ou Font-Romeu,  localités appréciées par les bleus pour leurs stages ou leurs mises au vert, me sont familières, tant cette équipe est spéciale pour moi. 

Ce que j’aime moins, ce sont les journalistes qui accompagnent « mon » équipe. Je déteste le chauvinisme des Thierry Rolland, le coté hautain de Christophe Jos, l’hystérie de Christian Jean Pierre ou les analyses subjectives de certains « spécialistes ».

Les tricolores débuteront leur coupe du monde ce dimanche face aux Honduriens. Nous serons tous, à Dakar, Abdidjan, Bamako, Conakry, Yaoundé, Ndjaména, Bangui, Niamey, Brazza et ailleurs, devant nos écrans à scruter avec attention le comportement de nos meilleurs « ennAmis » …

Allez les bleus !!!

Crésit photo : fifa.com