Le marketing politique devrait faire un carton au Tchad, tant nos politiciens ne sont pas des foudres de guerre en la matière. Les coachs de médias training, les maîtres en personal branding, les vendeurs de prompteurs devraient se bousculer à l’aéroport Hassan Djamous de Ndjaména car ce pays est une mine d’or pour communicants. Et pourtant rien !

George Stephanopoulos, conseiller de Bill Clinton de 1991 à 1996Au Tchad il y a autant de politiciens que de citoyens. Chacun rêve, en silence ou en le fanfaronnant, à un portefeuille ministériel. Alors que dans beaucoup de pays, le combat associatif, l’ancrage régional, les grandes écoles ou encore les appareils de partis peuvent vous mener à un strapontin gouvernemental, au Tchad rien de tout ça. L’appareil de parti, surement ! Mais pour le reste ? Il faut juste briller au sein d’une des nombreuses communautés régionales, pouvoir (et savoir) faire des bassesses et assurer un retour d’ascenseur à ceux qui vous ont porté là.

Une fois le graal ministériel touché, sans qualités intrinsèques ni aptitudes au poste, le nouvel homme d’Etat devrait chercher à vêtir l’habit, à gommer ses défauts, à combler ses lacunes. Afin de représenter le mieux possible son pays lorsqu’il rencontrera des homologues étrangers. Persuadé d’être au fait de la fonction, notre nouveau « ministrillon » ne cherchera nullement à améliorer son éloquence, son style vestimentaire ou ses tiques de langage. De toute manière son entourage lui fera comprendre qu’il est « fait pour ce poste » et que « Dieu l’a placé là car c’est son destin ». Il fera montre d’une arrogance sans pareil vis-à-vis de ceux qui lui reprocheront quelque chose. S’il est ministre, c’est qu’il est bon. Personne n’a de leçons (comprenez conseils) à lui donner.

Alors que le culte de l’image et du paraitre sont au centre de tout (faute de débats d’idées), le parvenu ne cherchera pas, contradiction suprême, à s’entourer de femmes et d’hommes pouvant l’aider dans ses tâches quotidiennes. Par exemple, s’allouer les services d’un de ces spin-doctors*, plus que des conseillers en communication, qui sont à la barre pour chaque intervention publique de l’homme politique (image, discours, voire même pour certains aspects de la vie de couple).

Olivia Pope dans Scandal

Le spin-doctor est apparu au grand jour au milieu des années 80 dans la vie politique américaine. En période de campagne électorale, il est chargé de cibler le message et d’affiner l’image de son candidat. Mais aussi de torpiller l’adversaire en sortant des dossiers accablants. Quand l’homme politique arrive au pouvoir, le super conseiller devient éclaireur. Il ouvre la voie pour son champion. Peut parfois même se substituer à lui dans certaines interventions auprès des médias…

Le plus célèbre d’entre eux est George Stéphanopoulos (photo). Cet ancien journaliste a travaillé aux cotés de Bill Clinton de 1991 à  1996. Son rôle prépondérant auprès du président démocrate lors de la campagne électorale est décrit dans le documentaire The war room en 1993.

Au cinéma, le meilleur spin doctor est bien évidement l’héroïne de la série Scandal, Olivia Pope !

Non messieurs les coachs et autre spécialistes du marketing politique, oubliez ma proposition du début d’article. Il n’y a en fait rien à faire pour vous au Tchad. Car l’homme politique local est imbu de sa personne et n’a besoin de quiconque, si ce n’est du Président de la république, pour continuer à assurer ses fonctions. Au diable l’opinion.

*Dans le domaine des Relations publiques au Etats-Unis, le terme « spin » désigne une forme de propagande

 

Crédit photo :http://nyppagesix.files.wordpress.com/2013/08/george_stephanopoulos_ap-300x3003.jpg