CHERIF, BLOGUEUR DU TCHAD 2.0

lundi 01 août

Déby et les 140 Tchadiens

Tous espèrent faire partie de ceux que choisira Idriss Déby pour manager avec lui le Tchad après son investiture du 08 août prochain. Certains parlent de grandes manœuvres et d'un renouvèlement des femmes et hommes dans l'appareil d'Etat. Si changement il doit y avoir, ce sera au mieux un jeu de chaises musicales. Mais qui fera beaucoup de déçus…et d’aigris. Décryptage.

Puisque la grande majorité des Tchadiens s’accorde à dire qu’aux lendemains de l’investiture d’Idriss Déby le 08 août prochain, les grandes manœuvres dans l’administration et les changements importants dans le gouvernement interviendront, je vais, pour une fois, suivre la tendance et m’atteler à dresser une liste des postes/fonctions les plus prisés dans la machine politico-administrative Tchad.

 

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La règle de l'offre et de la demande

Que comprendre de ce segment de phrase « les grandes manœuvres dans l’administration et les changements importants dans le gouvernement » ? Tout d’abord qu’il y a au sein de la population un espoir de voir une nouvelle classe de dirigeants arriver, occuper le terrain et proposer des solutions pour nous sortir du trou. Mais je crains fort que l’espoir de cette frange ne reste vain. Ensuite, nous devons comprendre que l’offre de postes est très limitée tandis que la demande est énorme. Par conséquent, chacun fourbira ses armes pour « en être ». Népotisme, magie noire, incantations religieuses, aura régionale, coups bas, accusations, faveurs d’alcôves, etc. seront utilisés pour parvenir à ses fins - du Machiavel dans le scénario. Des centaines de milliers de personnes ont battu campagne pour le candidat de l’Alliance en mars et avril dernier. Chacun avec des objectifs bien précis. Les espérances des uns et des autres se situent à plusieurs niveaux. J'ai retenu les cinq principaux niveaux : qui vont des postes les plus prestigieux aux moins enviables.

Niveau 1 : Ministre (et secrétaire d’Etat)

Pour la plupart, la récompense suprème sera un strapontin ministériel (certains visent même le premier ministère). Au vu de la composition purement numérique des précédentes équipes gouvernementales, 50 est le nombre maximum de « postes à pourvoir ». Force est de constater que beaucoup mordront la poussière.

Dans cette catégorie, voici les poids lourds qui ont le plus à perdre.

Albert Pahimi Padacké

Apres des résultats en deca de ceux escomptés dans les deux Mayo-Kebi lors de la présidentielle d’avril 2016, ce serait un miracle si l’actuel Premier ministre est reconduit à la tête de l’Exécutif. Pahimi Padacké disparaitra de la scène et Le Réveil, nom de son parti politique, deviendra alors Le Dormant. Jusqu’aux prochaines échéances électorales…

Adoum Younousmi

« Souviens-toi l’été dernier » est le titre d’un film dans lequel un tueur en série se venge de quelques personnes qui pensaient l’avoir tué un an plus tôt. Je détourne donc ce titre en « Souviens-toi du sommet de l’UA 2015 » pour rappeler que Déby a du très mal prendre l’annulation de l’an dernier. Et la réunion africaine de Kigali sera encore fraiche dans l’esprit du PR au moment de prendre certaines décisions. Mais le capo des Infrastructures à de la ressource.

Hassan Sylla

L’ancien ministre de la Communication a tout à gagner si des changements interviennent après le 08 août. Après avoir mené la campagne de N’Djaména (réussie selon les critères du MPS), il peut entrevoir un come-back dans l’équipe gouvernementale. Il a également beaucoup à perdre. Car s’il rate le coche d’un retour, il risque de tomber dans l’oubli. Et là, il lui sera difficile de remonter la pente.

Niveau 2 : Cabinet du Président

Au sein du cabinet civil d’Idriss Déby, il y a des deux types de fonctions. D’abord celles très pointues que tout le monde ne peut pas briguer. Les "techniciens" que le Président désignera seront moins en vue, mais côtoieront le pouvoir au plus près. Cela noue des liens et pour l’avenir, s’ils parviennent à satisfaire leur patron, c’est tout bonus. Ensuite il y a les postes nécessitant des compétences plus basiques. Ceux là seront très prisés car accessibles à beaucoup.

Même s’elles ne font partie du cabinet présidentiel, certaines nominations dans des régies « juteuses » (Trésorerie, Direction des douanes, etc.) dépendent directement du PR et sont dans le lot des plus convoitées. La continuité devrait être de mise à ce niveau.

Nombre de postes à pourvoir : Une quarantaine

Niveau 3 : Ambassadeur

Les recalés du premier niveau feront le travail de sape nécessaire pour être parachuté ambassadeur dans l’une des 24 chancelleries ou l’une des 5 missions permanentes que compte le Tchad. Les ambassades de Bruxelles, Paris, Washington et Beijing sont les plus convoitées. Mais leurs occupants sont bien ancrés et défendront leur beefsteak. Les nouveaux devront dès lors se contenter d’ambassades « moins cotées ». Bangui et Tripoli seront parmi les moins prisées.

Nombre de postes à pourvoir : 29

Niveau 4 : Gouverneur

Ceux qui n’ont pas fait assez de zèle que pour être en Ligue des champions (ministre), en Ligue 1 (Cabinet du Président) ou en Ligue 2 (ambassadeur) seront promus au quatrième niveau du cercle de pouvoir : le gouvernorat. Une invention venue rajouter de la brouille à une administration tchadienne déjà très floue. Les thuriféraires déçus de l’Alliance tenteront de se consoler avec ça. Etre gouverneur, c’est avoir un rang de ministre, mais en moins reluisant, moins prestigieux, moins show-off car vous êtes relégués en province. Sans compter qu’il n’y a aucune occasion d’aller se pavaner à l’étranger aux frais de l’Etat lors de ces innombrables déplacements qui ponctuent l’agenda de nos ministres.

Nombre de postes à pourvoir : 23

Niveau 5 : Les autres fonctions

A ce niveau la déception est totale. Des regrets même d’avoir milité pour certains qui se voyaient plus haut. Mais ils s’en contenteront et tenteront, comme presque tous ceux cités plus haut, de faire le trou (vous m’avez compris) … en attendant mieux. Mais des peronnalités fortes avec des potentiels au dessus de la moyene se demrqueront et pourront esperer un "repêchage"

L’administration tchadienne, ne nous dupons pas, tournent autour des 142 postes repris dans les 4 premiers niveaux et quelques fortes personnalités du niveau 5. Pour le reste, pour le gros de la troupe, leur existence est marginale dans les rouages et « le bon fonctionnent » de la mortifiée machine Tchad. Pour preuve, les nombreuses grèves dans la fonction publique n’ont jamais bloqué quoi que ce soit.

Vous constaterez que je n’ai pas parlé de programme politique ni d’objectifs économiques. Ca ennuie les gens, et c’est bien dommage.

Vous aimerez aussi : Quel militant MPS êtes-vous ? 

Chérif ADOUDOU ARTINE

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mercredi 27 juillet

Six Millennials inspirants !

Transposition du mouvement Millennial à notre cassante et répétitive vie tchadienne. Notre troisème volet consacre des exemples de travail. Ils sont jeunes et intelligents, ce sont les Millennials inspirants de cherifblogshow.

 

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La liste (non exhaustive et forcément subjective) de celles et ceux capables d’endosser leurs responsabilités dans un pays qui a besoin d’être aiguillé par des valeurs fortes. Leur approche du travail ou de la politique et leur regard sur la société sont une gifle dans un pays gangrené par les courtisans de toutes sortes. Ils dénotent et me plaisent ! Voici leur story. 

Trois femmes, trois hommes et une GenZ prometteuse

(Classés par ordre alphabétique du nom de famille)

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Les applications « Darna » et « Afrique campus » sont ses bébés. La première compile les données géographiques de commerces, hôtels, administrations, etc. au service des internautes. La seconde est une plateforme qui permet aux futurs étudiants de rentrer en contact avec des universités du monde entier. Deux applis que Nair Abakar, qui vit et travaille en France, est venu présenter au Tchad en espérant des coups de pouce financiers. Dans son jargon d’entrepreneur/développeur, on appelle ça « la recherche de leads ». Cet ingénieur en Intelligence économique ne cache pas que l’argent est une chose importante pour développer des applications fiables et d’envergure internationale. Ce pragmatisme montre à suffisance toute son ambition et sa maturité dans les affaires.

 

 

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Les Arts sont les laissés pour compte dans le développement du pays. Le Tchad est traditionnellement misogyne. Alors imaginez, être artiste et femme à la fois. Quel handicape ! Consciente de cela, la peintre Salma Khalil a suivi des études « sérieuses » en Géographie et est parallèlement salariée dans une entreprise. Cette femme au sourire permanent roule sa bosse depuis 2002 dans le très précaire milieu artistique tchadien. Plus que son œuvre, c’est la fougue avec laquelle elle défend cette activité et sa passion qui m’ont séduit. Pour ne rien gâcher, Salma possède une honorable plume. Elle est l’auteur de quatre ouvrages de poésies et de nouvelles. Au premier semestre de cette année, elle a participé au Forum Femmes : Société civile et Développement à Washington. Un début de reconnaissance internationale ? 

 

 

vignette andreas

Tout comme Nair Abakar, Andreas Koumato apportera au Tchad une existence numérique : une trace tangible dans cette vague de transformation digitale, un domaine dans lequel notre pays accuse beaucoup de retard. A cette emprunte sur les réseaux, on peut ajouter la création de nombreux emplois (directs et indirects) liés à sa plateforme d’échanges de divers biens de consommation, moussosouk.com. Car contrairement à ce que beaucoup pensent, la digitalisation n’est pas synonyme de pertes d’emplois. L’ancien étudiant de la prestigieuse Ecole polytechnique Sophia Antipolis de Nice est un audacieux au royaume des sceptiques. Mais en visionnaire, il sait que sa hardiesse entrepreneuriale paiera, car l’avenir réside dans la Web 3.0 !

 

 

vignette abdel

Sous ses faux airs timides et renfrognés, cet avocat spécialisé en réglementation bancaire, financière et contentieux se définit comme un professionnel qui souhaite « apporter de la plus-value au métier ». Dans cet ordre d’idée,  Abdelkerim Kreich est entré dans le milieu juridique tchadien avec minutie et veut drainer à lui « les dossiers très techniques que les entreprises tchadiennes confient généralement aux cabinets camerounais ou français. » Au vu de son parcours de jeune avocat d’affaires ponctué par des missions auprès de cabinets anglo-saxons (Clifford Change, Jones Day ou DLA Piper), son pari est réalisable. D'importantes entreprises tchadiennes (publiques et privées) lui ont déjà fait confiance afin qu'il apporte son expertise sur des litiges très pointus.

 

 

vignette hadjé

Décidera-t-elle de revenir vivre au Tchad ? Si elle le fait, qu’apportera-t-elle concrètement ? Dans un pays où l’impréparation et l’improvisation sont les maîtres mots, une bonne dose de prospective et de vision à moyen terme ne sera pas superflue. La trentaine fière, Hadjé Bourkou a construit sa carrière parisienne à force de travail sans se départir d’une feuille de route qui l’a menée du Sacré-Cœur de N’Djaména à l’ESG Paris en passant par l'UMT de Tunis. Actuellement Déléguée générale dans un club d’affaires à Paris, ses tâches tournent principalement autour de la recherche de fonds d’amorçage pour les investisseurs et de mises en contact entre entrepreneurs et « Business angels ». Titulaire d’un MBA spécialisé en marché de capitaux, elle ferait une excellente ministre du Plan et de l’Economie.

 

 

vignette amsadene

Dans un landernau politique tchadien sclérosé par toutes sortes de maux, cette femme volontaire apportera sa jeunesse et le regard neuf qui va avec.  Mais aussi son enthousiasme et son énergie constatés lors de la dernière campagne électorale pour la présidentielle. Dans un pays aussi machiste que le Tchad, Amsadene M. Hangatta a été cheffe de fil MPS pour la région de l’Ennedi Ouest et est membre du bureau politique du parti au pouvoir. Même si certains octroient ces accessits à l’héritage d’un père sultan, le fait d’avoir assumé entièrement ces responsabilités marque la force de caractère de cette ancienne étudiante dakaroise. Beaucoup de ses congénères tchadiennes auraient opté pour l’oisiveté et le confort d’un mariage tranquille.  Si elle devait monter dans l’organigramme de la fonction publique, je la vois en Première ministre. Rien que ça ! Son charisme seul suffira à faire oublier les 15 qui ont occupé cette fonction.

En bonus à notre short-list, voici une GenZ prometteuse. La présence de cette post-ado dans ce trombinoscope est un pari sur l’avenir. Découvrez-la...

 

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Rencontrée alors que je couvrais les coulisses du concours Miss Tchad 2015, Bouchra est un ovni. Je m’attendais à ne croiser que des filles superficielles dans ce concours de beauté. Et puis il y a eu cette surprise. J’ai été bluffé par l’esprit cartésien, vif et mature de cette liane de presque 1 mètre quatre-vingt. « Au-delà de la région que je représente, j’ai envie de me surpasser pour rendre fier le Sacré-Cœur (Lycée n’djaménois dans lequel elle étudiait). La direction m’a accordée beaucoup de faveurs pour préparer l’élection et franchement je ne peux pas me planter. En plus au Sacré-Cœur, on cultive l’excellence et l’échec n’est pas permis » m’expliquait-elle avec une conviction qui transcendait ses yeux. Son avenir (elle a obtenu son bac avec une mention « Assez-bien »), elle le voit dans l’évènementiel et le marketing. « C’est pour ça que pour commencer je vais entamer un cursus en Management des projets » précise-t-elle. J’adore le « pour commencer » !

 

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Chérif ADOUDOU ARTINE

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mardi 26 juillet

Millennials du Tchad, une catastrophe ?

Toutes proportions gardées, nous tentons, en 3 volets, de savoir ce que valent les Tchadiens nés entre 1980 et 1995. S’ils peuvent, à l’image de leurs semblables dans le monde, modifier la société dans laquelle ils vivent. Notre second volet raconte une triste réalité : une démographie avantageuse fait face à l'illettrisme, à l'argent facile et à l'oisiveté.

 

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Les Millennials représentent près d’un tiers de la population tchadienne. Par truchement, il est aisé de dire que c’est la force vive du pays : sur les 5 845 646 personnes âgées de plus de 20 ans (en âge de travailler), 3 859 055 (66%) sont des GenY. Il va s’en dire que les Millennials ont le poids démographique nécessaire pour influer dans la vie sociale, économique et politique du Tchad.

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Cette prédominance démographique est-elle un atout pour cette population ? « A quoi ça sert d’être les plus nombreux si nous ne sommes que 20% de lettrés, avec une formation digne de ce nom ? 20% ne pourront jamais changer 80%, ou alors il faudra beaucoup de temps » affirme sur un ton découragé une jeune juriste – elle même tchadienne. Elle évoque à juste titre la formation (académique ou professionelle)... Est-ce là que réside le problème des 80-95 tchadiens ? Il est claire que la plupart est formé au Tchad avec à la base un bac à rabais. Seuls les mieux encadrés, les plus intelligents, les plus assidues ou les plus besogneux s’armeront pour obtenir des diplômes dignes de ce nom. Pour le reste, ils grossiront les rangs des pseudos « intellectuels » tchadiens. Avec les carences que l’on connait dans notre administration publique. Si changement il doit y avoir, il faut qu'il s'amorce dés les bancs de l'école.

Des apparatchiks en devenir

Un autre son de cloche retentit lorsqu’on évoque le poids Millennials. « Il y a une nuée de trentenaires qui thésaurisent des sommes d’argent faramineuses. C’est quasi les plus riches du Tchad depuis quelques années » m’assure Ousmane, fonctionnaire au ministère des Finances. Mais c’est là que réside l’incapacité à saisir la quintessence de mon approche sur le poids et l’apport sociétale de la GenY tchadienne. A l’instar d’Ousmane, on confond trop souvent réussite entrepreneuriale, sociale, capacité d’influence et inspiration avec l’accumulation d’argent. Le déficit de repère réside dans cet amalgame. Comprenons-nous, l’idée que je souhaite développer, c’est qu’il y a une énorme différence entre un trafiquant de drogue et un startuper à succès. Entre un corrompu de la fonction publique et un brillant haut fonctionnaire. La question est donc : dans un pays occupant régulièrement les dernières places dans les classements tels que le « Doing business », les plus jeunes pourront-ils changer la donne ou se fondront-ils dans la masse pour perpétuer les habitudes qui font du Tchad la risée du monde dans beaucoup de domaines ? En d’autres termes, promouvrons-nous l’enrichissement improductif ou la valeur travail ? La glande ou le volontarisme ?

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Certains assurent que ces jeunes loups (ceux qui thésaurisent) seront pires que leurs ainés, car bénéficiant de formations plus pointues, de connaissances digitales poussées et de réseaux internationaux plus faciles à construire aujourd’hui qu’hier. Un observateur avisé de la société tchadienne assure sans ambages : « Ils seront pires. Les détournements et les montages douteux se feront à plus grande échelle et sur des sommes plus importantes. Si l’on devait imager ce qui se fait aujourd’hui à ce qui se fera dans les années à venir, la délinquance en col blanc passera d’un traitement manuel à une gestion mécanisée. Même si l’on dit qu’il n’y a plus d’argent au Tchad, ils trouveront les moyens de tirer un intérêt personnel. Nous aurons une nouvelle classe sociale de jeunes multimillionnaires à l’image des apparatchiks russes des années 1990. Ceux-là même qui ont démantelé les entreprises d’Etat pour pouvoir les revendre ou s’en accaparer à vil prix ». Voilà qui augure des années encore plus dures pour le Tchad…

Dans mon souci de corroborer ces affirmations, j’ai cherché des informations officielles sur les Millennials occupant des postes à responsabilité dans les ministères et/ou sociétés d’Etat. Mais malheureusement pour moi (et vous mes lecteurs), c’est l’omerta totale. A croire que le fait de demander l’âge, le parcours académique et l’expérience professionnelle d’une personne est synonyme de vouloir percer un secret-défense. Cette méfiance  vis-à-vis de l’information au sens large m’intrigue…

La valeur travail

Dans un autre ordre d’idée, il y a ceux qui souhaitent voir éclore des Millennials qui vont inspirer leurs coreligionnaires pour un Tchad débarrassé de ses turpitudes vénales. Gagner de l’argent (et parfois même beaucoup d’argent) est la finalité de toute œuvre entrepreneuriale, d’une carrière de salarié ou de fonctionnaire. Mais qu’en est-il de la forme ? Je ne rentrerai pas dans cette rhétorique simplicité et binaire qui consiste à séparer le Tchad en honnêtes et malhonnêtes citoyens. En plus dans un pays où on marche sur la tête, ces notions sont plus que relatives...

Non, je veux parler de deux idées qui ont fait leur preuve. Le travail et l’inspiration qui sont des élements essentiels dans la réussite des « Y ». Ces deux concepts sont pourtant battus en brèche dans le Tchad d’aujourd’hui : le travail est renvoyé à sa portion la plus congrue et la seule inspiration qu’ont les plus jeunes sont des exemples peu éloquents par rapport à la thèse que je soutiens. Et pourtant, les Millennials possèdent tous les atouts pour être des figures de proue pour un changement radical. Ils ont, comme précisé plus haut, le poids démographique nécessaire pour impulser une nouvelle vision, ils maîtrisent des outils qui ont une force de résonnance internationale et ils possèdent des armes (numériques et intellectuelles) pour s’imposer face à la vielle école et aux « apparatchiks » de leur âge. La recette de la réussite par le travail est limpide, mais compliquée à appliquer. Car elle nécessite de la discipline, de la patience, de l’endurance, du courage et de l’humilité. C’est peut-être ce qui rebutera les enfants de l’instantanéité que sont les "Y" tchadiens. Des exemples de personnes qui créent de la richesse et qui pourraient inspirer les plus jeunes ne manquent pas. « Mais ces femmes et ces hommes qui se battent tous les jours on les prend pour des cons. Pourtant ce sont eux les seuls à produire dans ce pays » s’offusque un fonctionnaire d’une quarantaine d’années au physique éreinté croisé à l’entrée du Palais de la Nation de Gassi, siège de l’Assemblée nationale. Il résume parfaitement la situation. Alors que sous d’autres cieux, les travailleurs du quotidien sont les cibles privilégiés des politiciens pour leurs desseins électoraux, ici ils sont ignorés. Ils ne seront par conséquent jamais mis en avant pour créer des émules.

Le coup de boutoir sur les espoirs de changement qu’apporteraient les Millennials est asséné par Ali. Pour ce Tchadien étudiant en France, « les 80-95 n’apporteront rien. Ils n’ont pas cette culture du travail comme ceux des autres pays, ce qui hypothèque tout changement de la situation du pays». Il prend sa personne et son parcours en exemple : « Le Tchad ne m’a pas appris à travailler, il m’a  appris à dormir et m’a préparé à la facilité. C’est le cas de presque tous les 80-95. Certains vont construire leur propre destin. La majorité est oisive. »

La GenY tchadienne est-elle donc perdue, vouée à l’échec alors que dans le monde entier les Millennials et leur enthousiasme sont des réponses tangibles à des économies au ralenti ? Si tel est le cas, ce serait encore une singularité tchadienne. Une anomalie de plus.

Pour conclure notre mini-dossier sur les Millennials made in Chad, je vous présenterai ce mercredi une brochette de GenY inspirante qui peut, si on lui entrouvre la porte, modifier de fond en comble notre contexte de travail.

 

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Chérif ADOUDOU ARTINE

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lundi 25 juillet

Que valent les Millennials tchadiens ?

Transposition du mouvement Millennial à notre cassante et répétitive vie tchadienne. Toutes proportions gardées, nous tenterons en 3 volets de savoir ce que valent les Tchadiens nés entre 1980 et 1995. S’ils peuvent, à l’image de leurs semblables dans le monde, modifier la société dans laquelle ils vivent. Dans cette première partie nous essayerons de comprendre ce phénomène social que représentent les Millennials.

Alors que les quadragénaires ont piteusement échoué à changer le Tchad, que peut-on attendre de leurs jeunes compatriotes Millennials, ces trentenaires qui dans le monde entier modifient les codes sociétaux et entrepreneuriaux ?  Les jeunes tchadiens ont leur rôle à jouer dans l’immédiat au sein de la (grande) société tchadienne. Se fraieront-ils un chemin ou se noieront-ils dans la nasse nauséabonde ?

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Ma génération de quadra a donc laissé passer sa chance. Car elle a emprunté le pas de ses ainés dans la gestion des affaires publiques. Cela vaut également dans le secteur privé, généralement plus exigeant. Ces mœurs « toutes tchadiennes » qui consistent à omettre l’objectif initial au profit d’ambitions personnelles, familiales ou régionales plombent le pays. Ils auraient dû apporter une certaine fraicheur, de l’innovation, une rigueur acquise sur les bancs après de longues études à l’étranger et surtout ce professionnalisme qu’ils ont acquis au contact des autres durant leurs stages ou lors de leurs premiers pas dans le monde du travail. Au lieu de cela, ma génération s’est accommodée de ce qui se faisait : suivisme, individualisme et laxisme.

Les millennials tchadiens  peuvent-ils insuffler une nouvelle approche dans la manière de gérer la vie publique tchadienne ? Peuvent-ils, avec cette remise en cause continue qui les caractérise, changer les mentalités arriérées de ce pays ? Que valent-ils face aux défis économiques, sociaux et environnementaux ? Mais surtout qui sont-ils ?

Votre bloggeur préféré tentera de répondre à ces questions en 3 volets.

Le billet d’aujourd’hui donnera des balises pour comprendre ce qu’est un Millennial. Sa place et son apport dans cette seconde décennie du 21ième siècle. La seconde partie sera plus tchadienne. Nous nous projetterons sur le quotidien des Millennials made in Chad. Dans la troisième partie nous dégagerons quelques profiles aux potentiels énormes qui pourraient apporter un vent de fraicheur dans la morosité ambiante.

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Les Millennials, ces êtres darwiniens

Si l’on se fie à la définition que donnent les sociologues américains William Strauss et Neil Howe, les Millenials représentent une population née entre 1980 et 1995. Au départ, cette terminologie désignait une simple segmentation marketing. Mais l’éclosion de nouveaux comportements ont complétement modifié la donne au point que cela devienne une tendance et enfin un phénomène de société qui a bouleversé le monde du travail. 

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Bien que cette notion soit purement occidentale nous pouvons la transposer à nos réalités, car nos mœurs tchadiennes empruntent beaucoup au style de vie des gens du nord. Pour ce qui est des citadins du moins. Lorsqu’Emmanuelle Duez, la papesse du « mouvement millennial », est mise en avant par le quotidien français Le Monde, c’est toute la population des 80-95 qui se sent concernée. Par son énergie, sa vision entrepreneuriale et sociétale, ses succès, etc. A travers cette bouillonnante femme de 29 ans qui veut que la génération Y s’approprie des grandes entreprises via sa plate-forme The Boson projetc, les codes sont bousculés, les lignes sont repoussées, les normes modifiées et l’horizon sans limite. L’idée qui veut que le jeune diplômé cherche un emploi et se case en attendant mieux vole en éclat. Et pour cause, la crise économique, financière et sociale a fait de ces Millennials des êtres darwiniens plus vrais que nature. Ils s’adaptent aux situations les plus difficiles, ils s’accommodent de revenus parfois dérisoires, ils s’engagent pour des causes humanitaires, politiques, sociales. Mais surtout ils sont indépendants. Une autonomie qui fait peur aux ainés. Une remise en cause total des canons. Conjuguée cette liberté de pensé à la démocratisation (accès et coûts) d’Internet et de la panoplie d’outils qui l’accompagnent (soft et hard compris) et vous obtenez des femmes et des hommes qui n’ont rien à voir avec la majorité des trentenaires d’il y a 15 ans.

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L’économie et la politique prises d’assaut

La précocité domine partout et dans tous les domaines. La politique, que l’on pensait être  l’activité la plus homogène dans sa pyramide d’âges, a cédé aux sirènes de cette jeunesse triomphante. Mattéo Renzi, du haut de ses 39 ans, a remporté les élections législatives de 2014 en Italie pour occuper le poste du président du Conseil (chef de l’Exécutif). La conservatrice Belgique n’est pas en reste. Dans une recherche permanente de consensus, sous la férule d’un roi Albert sortie de sa prudence habituelle, Charles Michel s’est vu confier les destinées du royaume à l’âge de 39 ans en 2014. 38 ans, c’est l’âge du truculent et médiatique Emmanuel Macron, ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique en France. Sans vergogne, il avance ses pions et brigue de manière à peine voilée ses ambitions pour la présidentielle de 2017. En Amérique du sud, où les leaders de gauche portés au pouvoir à la fin des années 2000 (Morales, Lula ou un Chavez décédé depuis) perdent de leur superbe, une femme de 41 ans, Keiko Fujimori, était en passe de remporter l’élection présidentielle au Pérou. Elle a été défaite de peu au second tour. Rome, la capitale italienne, a choisi de confier son avenir à une avocate de 36 ans en élisant Virginia Raggi comme mairesse en juin dernier.

marissa mayer texte

Les Mark Zuckerberg (32 ans, PDG de Facebook), Sean Parker (36 ans, fondateur de Napster) ou Jack Dorsey (39 ans, PDG de Twitter) font déjà figure d’anciens dans l’économie mondiale. Que dire de leurs ainés ? La parfaite et très corporate Marissa Mayer, PDG de Yahoo, du haut de ses 41 ans est déjà sur la sortie. Idem pour le Sénégalais Tidjane Deme (42 ans). A la tête du département Afrique francophone du géant Google depuis 2008, il cherche de nouveaux challenges. Julian Assange (44 ans) et son Wikileaks sont aujourd’hui des légendes, plus que des acteurs.

Les nouveaux rois sont à l’image d’Evan Spiegel (26 ans) et son ami de l’université de Stanford, Bobby Murphy (27 ans). Ces deux « vingtenaires » ont révolutionné les réseaux sociaux avec Snapchat et ses postes limités dans le temps. La place prise par les Millennials est telle que le magazine Forbes, bible de l’entreprenariat et de l’avant-gardisme dans le monde des affaires, a décidé de consacrer une édition spéciale, le « 30 under 30 », reprenant les futurs leaders de moins de trente ans. Classe-t-on ces « précoces » dans une catégorie à part pour éviter qu’ils ne dament le pion aux plus anciens ? La question a été posée par des journalistes du site BuzzFeed aux dirigeants du magazine qui, bien évidemment, se défendent d’ostraciser ou d’écarter qui que ce soit. Mais le fait d’avoir pensé à cette question est déjà la preuve que les « Y » dérangent et bousculent les codes.

Dans un monde en récession, l’état d’esprit Millennial est sans aucun doute celui qui permet de mieux s’en sortir. Diplômé ou non, le volontarisme et le non-conformisme sont la clé pour une insertion rapide dans la vie professionnelle. Mais aussi dans la gestion de la vie publique.

On se retrouve mardi soir pour parler des Millennials tchadiens. Ce sera corrosif !

 

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Chérif ADOUDOU ARTINE

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lundi 18 juillet

Le massif de l'Ennedi, et après ?

Le massif de l’Ennedi rejoint les lacs d’Ounianga dans la liste des sites naturels tchadiens classés par l’UNESCO (Organisation des Nations unis pour l’éducation, la science et la culture) dans son patrimoine mondial. Parfait ! Mais quelle(s) politique(s) adopter pour valoriser ce patrimoine, pour rendre viable une économie du tourisme au Tchad ? L’office tchadien du tourisme tente d’apporter des réponses. Mais le choix de son consultant, un Français de 69 ans aux méthodes désuètes, laisse à désirer. Explications.

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Alors que le massif de l’Ennedi a été classé dans le patrimoine mondial de l’UNESCO ce dimanche 17 juillet lors de la 40e session du comité du patrimoine mondial à Istanbul en Turquie, l’Office tchadien du tourisme (OTT) s’apprête à confier la gestion, le développement et le positionnement marketing du secteur à Jean Sécheresse, un retraité français « attaché à l’Afrique ».

Avec une voix roque et posée qui inspire le respect, Jean Secheresse a l’assurance des gens qui pensent avoir des réponses à tout. Sans hésiter, il a accepté de répondre à un entretien téléphonique dans lequel il se voulait très technique en évoquant sans cesse les aléas liés « à la sécurité ». Je souhaitais par contre qu’il me parle de chiffres, des retombées tangibles de son travail dans les deux pays africains pour lesquels il a travaillé et de vision à long termes pour le tourisme tchadien. Mais je suis resté sur ma faim. Rien que pour cela, je suis sceptique sur la capacité de ce consultant a aidé le Tchad dans son développement touristique.

Je ne doute pas des compétences intrinsèques de l’homme. Mais plutôt sur ses capacités d’adaptation à un monde en perpétuel mouvement. Un monde hyper connecté dans lequel les métadonnées sont la base de toutes décisions. Si je parle de bigdata, c’est pour souligner que Jean Sècheresse est aux antipodes de cette approche. Quand on lui évoque AirBNB, Trip-Advisor ou autres, il botte en touche avec un méprisant « Au Tchad on n’en est pas là ». Pour lui, notre pays est encore à l’Etat primitif du Tourisme. Il n’a certes pas tort mais être aussi péremptoire et négatif vis-à-vis de ses clients est un peu osé. Cette attitude n’augure rien de bon pour les 5 ans à venir. Car c’est la durée du contrat signé par Sécheresse Consultants, son agence de….on ne sait pas trop, avec l’OTT. Il se présente comme « un bureau d’étude de développement touristique qui collabore avec les collectivités locales en France et avec les Etats d’Afrique depuis plus de 40 ans. »  Mais Jean Sècheresse parle également « d’un plan marketing ». Le développement touristique et le marketing son deux domaines bien distincts. Le second ne faisant que soutenir le premier. Un mélange de genre qui n’augure rien de bon (une fois de plus). Va-t-il confier cette mission de marketing, qui n’est pas son core business, à un autre bureau d’études ? Si tel est le cas je peux parier avec vous que ce ne sera pas un tchadien (car « on n’en est pas (encore) là » ?) !

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Analysons Jean Sècheresse

L’opacité dont il fait preuve n’est pas en phase avec la tendance actuelle. Il est sur LinkedIn, mais n’est pas actif. Absent de Facebook, de Twitter. La page internet de son agence (Sècheresse Consultants) est par contre bien renseignée, mais pas grand-chose sur lui en tant que tel : âge et formation(s) par exemple. Rien non plus sur une compétence quelconque en communication ou sur un programme d’envergure nationale. Une expérience au Togo durant l’année 2014 et une secondes au Burkina Faso sont à mettre à l’actif du vieil homme. Mais ces missions s’apparentent plus à du développement microéconomique, qu’à des actions d’envergure en communication touristique. Au Togo, le rôle du « consultant » peut s’apparenter à celui que lui a confié l’OTT.  A la question « quelles sont les résultats, les retombées de votre travail au Togo ? », Jean Sècheresse a une nouvelle fois botté en touche (il aurait dû être rugbyman, ça aurait été un excellent arrière) : « Je fais mes propositions et les Etats font ce qu’ils veulent. Je ne peux pas me substituer aux dirigeants des pays pour lesquels je travaille. » Et de poursuivre « au Togo par exemple, nous avons établi notre rapport mais entretemps le ministre a changé et rien n’a été fait. » A l’entendre, ce cas de figure (laisser les rapports dans les tiroirs) est monnaie courante.

Et on poursuit : « Jean Secheresse, cela ne vous gêne pas de prêcher dans le désert ? Pourquoi continuez-vous à travailler si vos recommandations ne sont jamais prises en compte ? Ou alors c’est juste pour vous faire de l’argent ? » C’est là que le presque septuagénaire me sort son argument trémolo, à savoir son attachement à l’Afrique. J’étais xptdrrr, mais j’ai dû garder mon sérieux pour la suite de l’entretien. Le paternalisme postcolonial n’est pas loin.

Le travail de cet habitant de Néons-sur-Creuse (où est-ce ?) s’apparente à un tourisme humanitaire. Des projets de petites envergures tels que le développement de randonnées cyclistes dans l’Avesnois en France ou encore la promotion du potentiel artisanal de Bagré au Burkina Faso. Pas très impressionnant et insuffisant pour prétendre développer le tourisme de notre pays. En portant son choix sur ce bureau d’étude, l’OTT fait preuve d’un manque d’ambition notoire pour le Tchad et d’une vision étriquée pour un secteur aussi porteur.

Les avantages de l’arriération

A l’heure où les startups dynamiques et innovantes sont cotées, choyées et courtisées de tout part, notre Office se ringardise et manque de vision. Jean Sécheresse, ses méthodes et son approche sont surannés. D’une autre époque. Cette option ne m’étonne pas plus que ça. Les dirigeants de l’OTT ne sont pas très réactifs, travaillent à un rythme de sénateurs et avec un mindset « fonctionnaire de base ». Rien à voir donc avec le « dotcomlifestyle » des dynamiques et innovantes sociétés de développement touristique françaises qui cartonnent actuellement : « Welcomecitylab », « Sépage », « Day Use », « Kazaden », « TripnCo » ou encore « BubbleGlobe » pour ne citer que celles-là.  Lorsque nous évoquons ce type d’acteurs dans le développement touristique, Jean Sècheresse s’offusque presque en disant « votre pays n’a pas encore ce niveau de développement et l’offre n’existe pas. A part les deux ou trois hôtels de N’Djaména et le parc de Zakouma, vous avez quoi ? » C’est déjà 3 offres avec lesquelles nous pouvons commencer à travailler monsieur, car « Rome ne s’est pas faite en un jour ». Dans son schéma mental « vielle école », le nouveau partenaire de l’OTT pense qu’il faut partir de 0, avec des méthodes des années 1980. Je dis non ! Nous souhaitons rattraper notre retard et non pas demeurer à la traine. Il y a certes des étapes, une méthodologie à mettre en place. Mais de grâce, il faut que Jean Sécheresse cesse de voir l’Afrique en général et le Tchad en particulier comme des isolats de développement. Je lui conseille à ce titre de lire une étude publiée par des économistes américains intitulée « The advantages of backwardness ». Claire Gatinois, journaliste du quotidien Le Monde, s’est attardée sur cette théorie dans l’un de ses articles paru en 2013. Elle explique donc que « Les économies africaines brûleraient les étapes de la croissance en profitant des "greffes" technologiques, grâce aux innovations (…). Un développement version 2.0 qui permettrait aux pays de gagner des décennies à l'image des croissances fulgurantes des pays asiatiques – Corée du Sud, Taïwan, Hongkong et Singapour – dans la deuxième moitié du XXe siècle.»

Haikal Zakaria doit impulser une nouvelle donne

 

haikal

A défaut des startups françaises citées plus haut, l’OTT pourrait se tourner vers des Tchadiens. Brillants, innovants et maitrisant les technologies et leur développement. Des exemples ? Mamadou Djimtebaye, le PDG de Sao média, est un entrepreneur qui a une vision. Il pourrait agréger autour de lui les compétences nécessaires pour développer sur le long terme le secteur touristique. Il aura une certaine audibilité et cette proximité dont ne bénéficierons jamais les consultants étrangers. Sans compter sa dualité géographique, car il connait aussi bien le Tchad que le reste du monde. D’autres ? Les génies des algorithmes et du bigdata que sont les geeks du collectif WenakLabs. Ils peuvent développer n’importe quel programme si on leur en donne l’occasion, le temps et les moyens nécessaires. Sur le plan commercial/marketing, Andreas Koumato, le promoteur de moussosouk.com, est à la pointe des techniques de ventes (traditionnelles et/ou numériques). Ces Tchadiens cultivés, diplômés et vivant dans leur temps souhaitent gagner leur vie en aidant leur pays. Ils rêvent de fédérer le tourisme tchadien afin de le labéliser et de le rendre visible. Ils rêvent d’un tourisme innovant, d’une vraie économie touristique et non pas de programmes de voyages à 1 500 euros qui ne profitent qu’aux seuls tour operator. Ils rêvent de drainer les dollars des pays émergents (Chine, Emirats, Qatar, Russie, Mexique, Brésil, Inde, Afrique du sud, etc.) en développent une offre touristique de luxe à des gens qui ont besoin de dépaysement ; à l’instar des parcs kényans qui offrent des séjours allant jusqu’à 30 000 dollars la semaine. Ils rêvent de diversifier le tourisme tchadien, en organisant de grands évènements (sport et show-business, etc.). Plus que leurs rêves, ils souhaitent mettre leurs compétences à l’épreuve du travail. Un travail qui ne se fera pas en cinq ans.

Cela fait plus de 3 ans que j’arpente les couloirs de l’OTT. Et depuis je n’ai constaté aucune évolution, aucun changement dans ce secteur. Le FICSA (Festival international des cultures sahariennes) ? Excellent concept, mais hélas trop tchado-tchadien dans sa déclinaison. Le Treg de l’Ennedi ? Génialissime, mais hélas pas assez médiatisé. Le message que je souhaite passer à Haikal Zakaria, tout frais directeur de l’OTT, est de considérer le secteur comme un pourvoyeur de fonds, d’emploi et de le voir comme un atout de séduction pour le Tchad sur la scène internationale. Mais surtout de faire la part des choses et ne pas laisser des vendeurs d’illusions nous refourguer des programmes inutiles.  Car l’option Jean Sécheresse n’est rien d’autre que de l’argent jeté par les fenêtres. Les lacs d’Ounianga et le massif de l’Ennedi méritent mieux.

Chérif ADOUDOU ARTINE

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mardi 14 juin

Gouverneur BEAC, le trio de Déby !

Le poste de gouverneur de la BEAC (Banque des Etats de l'Afrique centrale) sera occupé par un tchadien à partir de janvier 2017. A six mois de l’échéance, je vous propose un petit recensement des potentiels candidats que présentera IDI à ses homologues de la CEMAC.

banque

En décembre prochain (je n'ai pas la date exacte) lors du sommet des chefs d’Etat de la CEMAC, il reviendra à Idriss Deby de présenter trois noms à ses homologues dans le cadre de la nomination du futur gouverneur de la BEAC. Un poste qu’occupera jusqu’en janvier 2017 l’Equato-guinéen, Luca Abaga Nchama. Les chefs d’Etats désigneront alors le patron de l’agence centrale de Yaoundé dans le trio tchadien proposé par IDI.

Créée en 1972, la fameuse (et fumeuse de par ses louches affaires de gros sous) BEAC a institué, depuis le 17 janvier 2010 lors du sommet des Chefs d’Etat de la CEMAC de Bangui, le principe de rotation pour la nomination au poste de gouverneur (et des autres organes). Mettant ainsi fin au consensus de Fort-Lamy de 1973, qui instaurait la répartition des postes à responsabilité entre les Etats membres. La BEAC s’est donc retrouvée, par le biais de ce consensus aux fondements excluant, avec des gouverneurs gabonais jusqu’en 2010.

En 2017, un Tchadien sera donc le prochain boss de la BEAC. Idriss Deby, faiseur et défaiseur de rois, dispose-t-il d’un vivier de financiers ou de « managers » à la hauteur de la tâche ? Assisterons-nous à un marché de dupe composé de népotisme, de légèreté et de realpolitik ? Ou alors aurons-nous droit à une liste de 3 personnes compétentes qui représenteront au mieux le Tchad ?

Je pars du principe que notre pays regorge de femmes et d’hommes à la hauteur du poste de gouverneur de la BEAC. Et qu’Idriss Deby ne peut se permettre de commettre une gageure en proposant des incompétents. Il en va de sa réputation et de l’image du pays.

Exit Mariam Mahamat Nour

Votre bloggeur préféré vous présente un trombinoscope de 6 profiles. Une short-liste composée d’un légitime, d’un ambitieux, d’un carriériste, d’un outsider, d’un joker et d’une surprise.

Vous remarquerez qu’il n’y a aucune femme dans cet égrainage des potentiels futurs gouverneurs de la BEAC. Tout simplement parce que « le milieu financier et bancaire tchadien est très masculin. Constance Koblar est la seule directrice que je connaisse dans ce pays. Elle a officié à la CBT » m'expliquait Madjiasra Nako, le directeur de publication de l’hebdomadaire Le Pays. Pour ma part, j’avais tout de suite pensé à l’économiste Mariam Mahamat Nour, car peu de femmes tchadiennes peuvent se targuer d’avoir sa stature internationale. Ensuite parce que son strapontin ministériel (Economie, Plan et Coopération internationale) lui confère dé facto le titre de « Gouverneur » au FMI. Le parallèle avec la BEAC est donc vite fait. Mais voilà, l’ancienne consultante de la FAO est âgée de 60 ans. Ce qui la disqualifie, car le règlement en vigueur ne permet pas de nommer un candidat ayant 60 ans révolus. Il en va de même pour Bedoumra Kordjé (64 ans), actuel secrétaire général de la présidence et candidat malheureux à la présidence de la BAD (Banque africaine de developpement) en mai 2015.

 

Les favoris

Le légitime : Tahir Hamid NGUILIN

 

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Le poulain du défunt Gata Ngoulou a tout les atouts pour succéder à Abaga Nchama dont il est le bras droit depuis plus de 5 ans. En pur produit du sérail BEAC, il va miser sur ses relations en interne et son carnet d’adresse fourni pour entamer un lobbying politique afin de faire pencher la balance en sa faveur. Tel un coureur de fond, il tient la corde et saura se placer dans cette dernière ligne droite qui commence.

 

Le carriériste : Ngueto Tiraina Yambaye

 

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1er atout : une brillante carrière au FMI. 2nd atout : la Banque de France a un statut particulier d’observateur au sein de la BEAC. 3ième atout (qui découle du second) : des rapports extrêmement cordiaux avec Christine Lagarde, la présidente du FMI. Additionnez tous cela, passez-le au checker et vous obtiendrez un candidat plus que valable pour gouverner aux destinées de la BEAC. Un défaut peut-être : Deby n’a que faire de l’opinion internationale, surtout après le camouflet infligé au Tchad lors de l’élection du président de la BAD. Quelle que soient ses qualités, il doit d’abord plaire au résidant du Palais rose.

L’ambitieux : Mahamat Allamine Bourma Treyé

 

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« Manœuvrier et tenace » peut-on lire à son sujet dans un encart de JA évoquant les potentiels futurs gouverneurs de la BEAC. Ces traits de personnalité ne seront pas un luxe pour sortir vainqueur de cette course d’obstacle qui mène au gouvernorat. Ce financier de 50 ans a pour lui une carrière rondement menée dans l’administration tchadienne à laquelle il peut conjuguer une expérience dans « La maison ». D’aucuns affirment que sa nomination au ministère des Finances et du Budget en février dernier n’est qu’une étape afin d’enrichir un CV déjà bien fourni et lui permettre d’accéder au graal.

 

Les seconds

L’outsider : Mbogo Ngabo Selli

 

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Un autre « héritier » de feu Gata Ngoulou. Ce communiquant de formation a été le fidèle directeur de cabinet des différents ministères occupés par l’ancien secrétaire général de la BEAC. Avant d’être nommé ministre de l’Aménagement du territoire, de l’Urbanisme et de l’Habitat en novembre 2015, il a travaillé dans une banque burkinabé, a assuré le poste de DGA de la Société générale Tchad (SGT) et bien avant cela, officié au sein de la direction centrale de la BEAC à Yaoundé. Ses liens avec Ngoulou, homme très apprécié dans les couloirs de « La maison » de Yaoundé, sont des atouts pour figurer dans le trio de Déby.

Le joker : Idriss Ahmat Idriss

 

fiche idriss

 

« Idriss Ben » est LE candidat de cherifblogshow.com. Cet ancien directeur national de la BEAC à N’Djaména est un joker de luxe. Sa place dans notre short-list est motivée par cette réputation de surdoué qui lui colle à la peau et une dose de subjectivité de ma part… Car ce haut fonctionnaire a une éloquence, une prestance et une présence en public que je ne retrouve pas souvent chez les « grands » du Tchad. Conjugué à cela un passage au ministère des Finances et vous obtenez le CV idoine pour prétendre au poste tant convoité. Pas sûr néanmoins qu’il soit dans les petits papiers du chef de l’Etat.

La surprise du chef

 

fiche inconnu

 

C’est ce profil que personne ne verra venir. Tout le monde le connaît, mais personne ne se doutera une seconde qu’il sera l’un des candidats du Tchad. En plus d’être le président de la République, Idriss Déby est aussi le roi du contre-pied. En fin politique, il risque d’en surprendre plus d’un.

Chérif ADOUDOU ARTINE

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mardi 31 mai

Hisein Habré, "Dr Jekyll et Mr Hyde"

Depuis la plainte déposée par sept Tchadiens à Dakar en janvier 2000, jusqu’au prononcé du verdict, ce lundi 30 mai, qui condamne Hissein Habré à la perpétuité, 16 années se sont écoulées. 16 années qui ont mis en avant les crimes et abominations d’un régime. Mais les années Habré sont aussi celles, ne l’oublions pas, de la reconquête du territoire et de la fierté tchadienne retrouvée. Petit inventaire.

A l’instar de Lionel Jospin, je revendique « un droit d’inventaire » sur les huit années de présidence de Hissein Habré. Ce concept d’inventaire sur l’histoire a été évoqué pour la première fois par l’ancien Premier ministre Français au sujet des deux septennats mitterrandiens à l’amorce de sa campagne électorale pour la présidentielle en février 1995. « Dr Jekill & Mr Hyde », en référence à la nouvelle écrite par Robrert Louis Stevenson décrivant la schizophrénie d'un honnête notable, est le sobriquet qui sied le mieux à l’homme fort de l’UNIR. Il y a donc ce côté obscure que nous déplorons tous. Mais en face de cela, il y’a une face plus « bankable ». Avec cette fierté retrouvée, ce patriotisme exacerbé et cette abnégation dans la reconquête du Tchad. Pouvons-nous décemment occulter cet aspect d’Hissein Habré ?

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Ce lundi 30 mai 2016 est un jour à marquer d’une croix. Après 15 ans d’instruction et 11 mois de procès, le verdict est tombé. Un dictateur africain a été jugé en Afrique, par des juges africains et condamné. Une victoire pour le continent. Une victoire pour les familles des victimes Et une revanche posthume pour les « 40 000 victimes » elles-mêmes. Hissein Habré représente, à n’en pas douter, la dimension la plus odieuse de la conscience humaine. Pour cela il passera le restant de ses jours privé de liberté.

« La bande d’Aouzou ne s’est pas libérée toute seule »

Mais que les tenants de la pensée unique ne viennent pas nous cacher certains épisodes, sombres eux aussi, de l’histoire de notre pays. « Tchad, année zéro » titrait en mars 1980 l’hebdomadaire « Jeune Afrique » lors de l’occupation, appelons la ainsi, de notre capitale par les milices libyennes. Une poignée d’hommes, dont Hissein Habré faisait partie, ne s’est pas résolue à accepter cet état de fait. Cette position, cette résistance a été matérialisée de manière assez lyrique par une formule restée célèbre dans les esprits tchadiens : « plutôt pauvre et libre qu’esclave et riche ».  La reconquête a alors commencé avec les fameuses FANT. Elle s’est poursuivie dans les larmes et le sang jusqu’en 1987 et la libération de la partie septentrionale du pays. Ne nous voilons pas la face, ces faits d’armes ont été le résultat de la volonté presque aveugle d’Hissein Habré et du sacrifice de toute une franche de la population tchadienne. « Sans le dévouement de HH, certains d’entre nous seraient nés apatrides, sans terre. » peut-on lire sur Twitter.

Certes il y a eu la DDS, mais, comme le signale le bloggeur Annadjib, « la bande d’Aouzou ne s’est pas libérée toute seule ». C’est aussi ça le droit d’inventaire sur Hissein Habré.

Chérif ADOUDOU ARTINE

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lundi 09 mai

Hilton N'Djaména, où est le standing ?

Le Hilton N’Djaména, inauguré en décembre dernier, perd déjà de sa superbe. Le site est certes toujours aussi attirant, mais les standards chers à la chaine hôtelière ne sont pas respectés. Pire, cela empiète sur l’ambiance générale de l’établissement.

hilton

« Donnez de la confiture aux cochons »,  aussi dure soit-elle, cette expression décrit à merveille le dérapage de goût qui est entrain de s’installer au Hilton de N’Djaména. Le Rubicon entre calme, luxe, et volupté, censés être l’apanage de la chaîne hôtelière mondialement connue, et une nonchalance toute tchadienne conjuguée au mauvais gout des boîtes de nuit de notre capitale a été franchi. Le symbole de cette baisse de standing est « La Distillerie ». Un établissement cossu et décoré expressément de manière amphigourique, situé au rez-de-chaussé de l'hôtel. Un lieu destiné aux connaisseurs ou simples amateurs de bonne liqueur qui « tournent trois fois leur verre ‘’tulipe’’ afin de libérer délicatement la fine odeur du Cognac ». Je ne fais pas l’apologie de l’alcool. Car même les non consommateurs peuvent s’attabler et profiter d’une carte variée. En sirotant d’excellents cocktails de fruits non alcoolisés. Le lieu se prête à de belles soirées intimistes. Le cadre bénéficie d’un mobilier pensé pour faire de cette espace une expérience client inoubliable.

La Distillerie

Mais voilà, nous sommes au Tchad. Ce beau pays dans lequel les normes de qualité des groupes les plus affirmés volent en éclats. « La Distillerie » est devenue l’espace d’un week-end le prolongement de l’Olympia. La baisse de standing dont je parle est marquée par le volume de la musique. Il indispose les convives de l'hôtel, les visiteurs de passage, les personnes installées au lobby (qui se situe pourtant à 50 mètres) et surtout les réceptionnistes. En entrant dans le hall, on est accueilli par une sono trop agressive pour les lieux. Les décibels vous font douter un instant que vous êtes au Hilton de N’Djaména, cette belle hacienda perdue au bord du fleuve Chari. Dans d’autres Hilton du monde, il doit peut-être y avoir de la musique diffusée à haut volume, mais je reste persuadé que pour une question de standing et de respect du client, les murs sont insonorisés ou alors les lieux sont situés au sous-sol. Les filles qui attendent au bar (personne n’y peut rien) dénotent avec le design « starkien ». Le nom de l’établissement, une promesse en soit, est galvaudé par la liste banale des alcools proposés. Déçu, l’ami qui m’accompagnait se plaint : « Moi qui voulais profiter d’un bon rhum ce soir… Hum. ».

Au niveau du service, ce n’est pas mieux. Tout bon garçon de salle sait qu’il est préférable de dire à un client qu’il ne peut répondre à sa demande et lui proposer une alternative plutôt que de lui raconter des sornettes. Mais à La Distillerie, l’amateurisme a pris le pas. Près d’une heure à attendre une commande qui n’arrive pas. Avec comme seule explication « Non, non, ça arrive ».

J’ai passé trois fins de soirées dans cet établissement.

La première a été géniale. La musique était « tamisée » ce jour-là.

La seconde moins bien. La musique commençait déjà à tonner. Mais comme j’étais en agréable compagnie, la pilule est passée plus facilement.

La troisième, ce vendredi 6 mai, m’a déçu. Je n’étais pas désappointé de mes compatriotes, car je sais ce que je peux attendre d’eux. Mais plutôt par cette dérive purement pécuniaire dans laquelle s’est lancé le Hilton.

Y a-t-il des managers dans cet hôtel pour s'assurer du respect des principes qui guident un cinq étoiles ? Si oui, je leur conseille de mieux veiller aux « manners » de leur établissement. Si cela les dépasse, qu’ils demandent l’avis de personnes cultivées pour leur drainer des clients en phase avec leur cible naturelle. Car combien de fois n’ai-je pas entendu de la bouche des dirigeants locaux de cet hôtel que « le label Hilton est le même partout » ?

Calme, luxe et volupté au Hilton N’Djaména ? Passez votre chemin.

*L’espace pool par contre est parfait !

Vous aimerez aussi : Virée nocturne à N'Djaména !

Chérif ADOUDOU ARTINE

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Crédit photo : http://www3.hilton.com/

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vendredi 08 avril

Journal de campagne #J20

Dernier volet de notre "éphéméride" de campagne éléctorale. Le vote ce sera dimanche. Entre temps, votre veille vous propose sa projection (empirique) des résultats du 1er tour.

Image2journal de campagne

 

Place au vote

Les candidats ont chacun montré leurs mucles ce vendredi 08 avril dans différents coins de N'Djaména. La campagne close, l'heure est maintenant au vote. Les militaires, les nomades et les Tchadiens de l'étranger voteront ce samedi 09 avril. Le reste de la population est invité à se prononcer dans les bureaux de vote toute la journée de dimanche.

Incertitude

Le panel des élécteurs reste un mystère. Car à ce jour, aucun chiffre officiel n'a été communiqué sur le pourcentage de retrait des cartes. Cela pourrait (dé)favoriser l'un ou l'autre candidat en fonction des régions.

Politique fiction

Je me suis amusé à "calculer" une projection sur les résultats du 1er tour. Oh, rien de vraiment trés sérieux, il s'agit juste d'un égotrip réalisé sur base d'un ressenti et de l'observation de ces 20 jours de campagne. 

Les projections du 1er tour : 

projectionII

Les projections de vote, région par région : 

projectionIII 

Bon weekend à tous et bon vote.

Chérif ADOUDOU ARTINE

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jeudi 07 avril

Journal de campagne #J18

Nous vous proposons jusqu'au 8 avril une "éphéméride" de la campagne électorale pour la présidentielle du 10 avril 2016. Un regard sans fard sur la classe politique tchadienne et la manière dont elle souhaite se faire entendre. Une sorte de veille politique-marketing-médias. #J18

Image2journal de campagne

 Faya, la ville oubliée !

Cérémonie d'inauguration de nouvelles salles de classe à Faya

Le candidat IDI a oublié de cocher la ville de Faya sur sa feuille de route électorale. Cette omission marque-t-elle le rejet par le pouvoir en place de toute une région ? L’abandon d’une partie de la population septentrionale du pays ? Pourquoi tant de défiance à l’encontre de la grande Palmeraie de la région du Borkou ?  Le désamour entre Idriss Déby et les cadres de la région ne serait-il pas du fait des seconds cités, en réaction au traitement du procès Habré par le gouvernement ? Ou est-il plus récent,  à savoir l’accueil réservé au candidat de l’UNDR, Saleh Kebzabo? Il y a peut-être un peu de tout ça. Le signale politique lancé est en tout cas très fort et répond par l’affirmatif à mes interrogations. Est-ce à dire que Faya sera, pour ces 5 prochaines années, vouée aux gémonies ? Encore une question, décidément…

Stop aux supputations. Cette indifférence est due tout simplement ( ????) à une arithmétique électorale, car le poids de cette partie du BET ne représente que 0,42% (26 662 suffrages) du corps électoral tchadien.

Vous trouverez dans ce tweet le poids de chaque région.


Les biens de l’Etat

Sur l’antenne d’Africa24, Brice MbaimonGuedmbaye du Mptr a dénoncé l’utilisation abusive des biens de l’Etat par le candidat Idriss Deby. « Il fait sa campagne en hélicoptère (…) un hélicoptère qui ne lui appartient pas. Dans le même temps, nous faisons campagne avec nos propres véhicules du nord au sud ». On confond donc sciemment les biens de l’Etat avec une propriété privée. Tous les candidats ont dénoncé cet état de fait. Sans pour autant que l’attitude désinvolte, par rapport à un article du code électorale, du sortant et celle de ses partisans ne changent.

En marge de la campagne électorale, l’arrestation il y a 15 jours de 4 membres de la société civile a beaucoup fait parler d’elle. Ce jeudi 07 avril, lors de la reprise du procès, le procureur a requis une peine de 6 mois de prison ferme contre Céline Narmadji (porte-parole du mouvement « Trop c’est trop »),  Nadjo Kaïna (porte-parole du mouvement « Iyina »), Mahamat-Ahmat Ibédou (porte-parole de la coalition « Ça suffit »), Younous Mahadjir (SG de l’union des syndicats du Tchad (UST). Rappelons qu’Albyssaty Allazam, porte-parole par intérim de « Ça suffit » est également sous écrou. Ces personnes s’opposent à un cinquième mandat du président sortant.

L’agenda des principaux candidats pour la dernière journée de campagne (vendredi 08 avril) :

Mahamad Ahmad Al Habo (PLD) : N’Djaména (sans préciser le lieu)

Djimrangar Dadnadji (CAP-SUR) : N’Djaména (sans préciser le lieu)

Idriss Deby (MPS) : meeting au stade Idriss Mahamat Ouya à Ndjaména

Saleh Kebzabo (UNDR) : meeting au stade de Paris-Congo à N’Djaména

Laoukein Médard (CTPD) : meeting à Moundou

Bonne journée.

Chérif ADOUDOU ARTINE

Crédit photo : defense.gouv.fr

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